France

Pour les pro-Fillon, les médias français veulent «tuer» la droite

Le candidat de la droite française tenait son premier grand meeting de campagne dimanche à Paris. Ses partisans jurent que le «Penelopegate» ne changera rien à leur vote

Il fallait une ovation. Il fallait une déclaration d’amour publique à son épouse, pour que François Fillon espère au moins laver, devant ses partisans, l’affront des révélations du Canard Enchaîné. Les apparences sont donc sauves. A peine est-il monté sur la scène, devant près de douze mille personnes parmi lesquels beaucoup de «seniors» aux cheveux gris, que le candidat de la droite française rugit: «On ne m'intimidera pas !». Puis il remercie «Pénélope». Séquence émotion: «Depuis le début de mon aventure politique, Pénélope est à mes côtés, avec discrétion, avec dévouement. J’ai construit mon parcours avec elle. Nous n’avons rien à cacher, notre seul compte en banque est au Crédit Agricole de Sablé.»

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Les applaudissements sont nourris. L’intéressée baisse la tête, émue. Et ce n’est pas fini: «Devant vous mes amis, continue le vainqueur de la primaire de novembre 2016, je veux dire à Pénélope que je l’aime et que je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont voulu nous jeter aux loups.»

Début de campagne en fanfare

Une page tournée? Un début en fanfare d’une campagne qui, selon les sondages et malgré une baisse récente de sa popularité, devrait permettre à l’ancien premier ministre (2007-2012) de se qualifier pour le second tour de la présidentielle le 7 mai 2017? François Le Forestier, cadre dans le secteur médico-social, répète qu’il y croit dur comme fer. «Le besoin de changement est bien plus fort que cette campagne médiatique, explique-t-il. Le pays réel veut une droite bien dans ses bottes au pouvoir.»

A la tribune, le candidat parle depuis une vingtaine de minutes. Il vante «l’effort productif» de la nation, le «travailler plus» et promet «de remettre de l’ordre dans le chaos français». Nouveaux applaudissements. Drapeaux bleu-blanc-rouge. François Fillon se redit «candidat de la fiche de paye» et défend la famille, «pilier de la société», sans crainte des allusions au deuxième degré, au sujet des copieuses rémunérations perçues entre 1998 et 2013 par son épouse comme attachée parlementaire, puis comme employée de la Revue des Deux Mondes.

Les médias pris pour cibles

Retour auprès des Fillonistes qui applaudissent. Les médias sont leurs cibles. Le Canard Enchaîné qui a tout révélé. Mediapart qui a publié, dimanche, une enquête sur une seconde affaire de chèques issus de la réserve parlementaire, encaissés par François Fillon lorsqu’il siégeait au Sénat, entre 2005 et 2007. «Les médias voulaient l’abattre avant la primaire. Ils ne croyaient pas en ses chances. Or il l’a emporté haut la main», lâche Colette, préposée à la vente des colifichets électoraux. Des mugs. Des tee-shirts. Même de petites Formule 1 en bois signées Fillon, en mémoire de la passion du candidat pour le sport automobile.

Ce dernier a allumé la mèche dimanche matin, en dénonçant le «tribunal médiatique» dans les colonnes du Journal du dimanche. Vrai? «On savait que Fillon serait attaqué répond Luc, un retraité de Tourcoing, dans le Nord. Il est trop dérangeant. Il affirme sa foi, sa volonté de réduire les dépenses publiques. Il dénonce la bureaucratie. Il s’en prend aux maux français.»

«Cela va laisser des traces»

Une faille s’est néanmoins ouverte. On la sent lorsque l’on commence à poser des questions. A faire des comparaisons avec les autres pays européens où le statut et les dépenses des élus sont scrutés à la loupe. Est-ce normal, pour un parlementaire, d’avoir employé sans discontinuer son épouse et de l’avoir faite employer par son successeur? Est-ce normal que très peu de témoins confirment son travail effectif?

François, le cadre médical, accepte la remarque: «En France, c’est comme ça. On ferme sans doute trop les yeux. Mais cela va changer. Mieux: Fillon a désormais l’obligation d’une totale transparence.» Une voisine, Mireille, sexagénaire montée de Lyon avec son mari, accuse aussi le coup. «Cela va laisser des traces. François Fillon ne marche plus sur l’eau. On va devoir le défendre davantage.»

Enquête en cours

Et toujours, les médias pris pour cibles. Le raisonnement: «Les journalistes veulent tuer la vraie droite. Ils voulaient Juppé. Ils veulent maintenant Emmanuel Macron. Ils n’aiment pas le côté terroir, provincial de Fillon.» Soit. Mais pourquoi ne pas revenir aux faits? Une enquête est en cours. Le Parquet national financier s’est saisi du dossier. Des documents ont été transmis par Pénélope Fillon. Les locaux de la Revue des Deux Mondes, propriété du financier conservateur et libéral Marc Ladreit de Lacharrière (soutien de longue date de Fillon) ont été perquisitionnés.

Le candidat, en train de finir son discours sous une ovation, a promis la semaine dernière de renoncer à sa candidature présidentielle s’il est mis en examen. Mais ici, à l’arrière-ban de son meeting, alors que les personnalités de toute la droite applaudissent leur champion, Mireille la Lyonnaise en est sûre: «Il sera innocenté. L’affaire sera classée. On ne lâchera pas prise.»


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