François Hollande a dégainé le premier. Le 26 janvier dernier, à la Maison des Métallos, ancien haut lieu du syndicalisme, le socialiste a présenté ses «60 engagements pour la France», regroupés dans une petite brochure. Depuis janvier, il n’a pas dévié de ce socle, sauf pour ajouter sa proposition de taxation des hauts revenus.

Nicolas Sarkozy a choisi une autre stratégie. Entretenir le suspens en dévoilant des idées progressivement, puis rassembler le tout en fin de campagne. Le président-candidat a présenté son programme le 5 avril dernier, à la salle Equinoxe, au sud de Paris. Le projet tient en 32 propositions, explicitées dans une lettre «au peuple français» de 34 pages. Comparatif.

Redresser les finances

Le président sortant défend la trajectoire de redressement des comptes publics défendue par son gouvernement, c’est pour lui «un objectif impératif». Le retour à l’équilibre est prévu pour 2016, avec une étape à 3% en 2013. En 2011, le déficit a représenté 5,2% du PIB. Le déficit zéro impose un effort de 125 milliards d’euros, répartis ainsi: deux tiers de dépenses en moins, un tiers de recettes en plus, dont une partie a été votée en février dernier. Côté dépenses, la poursuite de la réduction des effectifs de la fonction publique par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est prévue; des économies sont annoncées dans l’assurance maladie et les dépenses sociales.

François Hollande compte parvenir à l’équilibre budgétaire un an plus tard, en 2017, à la fin du quinquennat. La réduction du déficit à 3% du PIB, pour répondre aux critères de Maastricht, est aussi prévue en 2013. Le socialiste compte atteindre son objectif en «revenant sur les cadeaux fiscaux et les niches fiscales» s’agissant du volet des recettes. La progression des dépenses publiques sera limitée, mais l’application mécanique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite sera stoppée. Certains secteurs, comme la Défense, continueront à maigrir, d’autres comme l’enseignement ou la police seront mieux dotés.

Hausses fiscales de part et d’autre

Le président-candidat envisage de nouvelles recettes pour parvenir à rééquilibrer les comptes: il a annoncé un impôt minimal sur les grandes sociétés qui n’en paient pas ou peu en France, ainsi qu’une taxe sur les exilés fiscaux pour décourager l’exode des riches contribuables. La fiscalité sur les dividendes sera augmentée, certaines niches réduites. L’augmentation de la TVA sociale a déjà été acceptée par l’Assemblée nationale, elle compensera une diminution des charges sociales sur les salaires et entrera en vigueur au mois d’octobre. La création d’une taxe sur les transactions financières de 0,1% a aussi été adoptée.

Le socialiste annonce une vaste réforme fiscale. Il veut simplifier la jungle actuelle et annonce «à terme» la fusion de l’impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée (CSG). Plusieurs mesures touchent les plus fortunés: création d’une tranche supplémentaire de 45% pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par part; taxation de 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros. Le socialiste veut aussi faire le ménage dans les niches fiscales, notamment celle qui permet aux entreprises de défiscaliser les heures supplémentaires. Il reviendra sur des allègements d’impôt sur la fortune et sur les droits de succession.

Relancer la croissance

Nicolas Sarkozy ne s’attaque pas frontalement aux 35 heures malgré des critiques nourries à leur encontre. Il préfère donner aux entreprises la possibilité de conclure, avec les représentants des salariés, des accords de «compétitivité-emploi». Ceux-ci permettraient de négocier le temps de travail ou les emplois à la hausse et à la baisse pour permettre aux entreprises de gérer baisses et augmentations d’activité. Le coût du travail sera abaissé par un transfert des charges sociales sur la TVA.

François Hollande entend créer une Banque publique d’investissement qui soutiendra le développement des PME. Il promet un soutien à la production et à l’emploi par une réorientation des financements, des aides publiques et des allègements fiscaux vers les entreprises qui investissent en France. Les PME étant désavantagées fiscalement par rapport aux grandes sociétés, trois taux d’imposition seront mis en place: 35% pour les grandes sociétés, 30% pour celles de taille moyenne, 15% pour les petites sociétés. L’épargne individuelle sera mobilisée par la création d’un «livret d’épargne industrie» dont le produit sera dédié au financement des PME et des entreprises innovantes.

L’enjeu des retraites

Le candidat socialiste ne prévoit pas de retour généralisé à la retraite à 60 ans. Il promet en revanche aux 150 000 personnes qui ont cotisé 41 annuités et travaillent depuis l’âge de 18 ans de pouvoir prendre leur retraite à 60 ans. Ensuite, une «négociation globale» sera ouverte avec les partenaires ­sociaux pour entamer une plus vaste réforme.

Le président sortant veut aider les retraités à payer plus facilement leurs factures à la fin du mois. Il s’engage à ce que leurs pensions soient versées le 1er du mois et non le 8 comme aujourd’hui.

La jeunesse et l’éducation

François Hollande fait de l’Education nationale sa priorité. Très critiqué à droite pour sa proposition de créer 60 000 postes sur cinq ans (des enseignants, des psychologues, des assistants sociaux, des surveillants), il riposte en arguant que le coût de cette mesure, 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat, est «l’équivalent de l’allègement de l’impôt sur la fortune qui a été consenti et qui s’ajoute au bouclier fiscal en 2012 et 2013». La «refondation de l’école» passe par un accent mis sur la maternelle et le primaire. La formation pédagogique des jeunes enseignants supprimée par Nicolas Sarkozy sera réintroduite; les rythmes scolaires repensés.

Pour favoriser l’emploi des jeunes, le socialiste promet la création de 150 000 «emplois d’avenir», essentiellement créés dans les quartiers sensibles. Autre engagement, la création d’un «contrat de génération» qui permettrait à un employeur embauchant un jeune et gardant un senior de voir ses charges sociales réduites.

Nicolas Sarkozy suspendra pour l’école primaire la règle du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux. Le candidat met l’accent sur la personnalisation des parcours de formation, l’autonomie accrue des établissements, l’élévation du niveau général des connaissances. Au niveau secondaire 1 (les 11-15 ans), il veut accroître la présence des professeurs dans les établissements en dehors des heures de cours pour soutenir les élèves en difficulté, en contrepartie d’une augmentation de salaire.

Divergence européenne

Le candidat socialiste veut renégocier le pacte budgétaire européen en lui ajoutant un volet croissance. Il propose la création d’euro-obligations pour financer des projets d’investissement, une participation plus importante de la Banque européenne d’investissement pour les PME, la mobilisation de fonds structurels inutilisés, la création d’une taxe sur les transactions financières.

Le candidat de l’UMP, qui s’est battu pour sortir la Grèce et la zone euro de la crise, a provoqué la surprise, dans son discours de Villepinte, en avançant des propositions aux accents protectionnistes. Il veut «changer l’Europe» et demande la réciprocité dans l’ouverture des marchés publics avec les principaux partenaires de l’UE. Le président-candidat a aussi annoncé que la France «se réserve le droit de suspendre» l’application des Accords de Schengen, si d’ici à un an l’Europe ne maîtrise pas mieux les flux migratoires.

Questions sociétales,le clivage

François Hollande défend le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, le droit de vote des étrangers aux élections municipales. Il s’est dit favorable au droit de mourir dans la dignité.

Nicolas Sarkozy veut réduire de moitié l’immigration légale et conditionner le regroupement familial à la connaissance de la langue française, testée dans les consulats. Il s’oppose farouchement au droit de vote des étrangers.