Il y a tout juste un an, la communauté internationale se réunissait à Charm el-Cheikh afin d'établir un plan quinquennal pour l'Irak. Jeudi, elle était à Stockholm à l'occasion de la première «Conférence de suivi du contrat international d'objectifs» pour le pays adopté en Egypte en 2007. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a salué «des progrès notables réalisés dans les trois domaines clés - sécurité, politique et économie», tout en reconnaissant qu'il y avait encore des «défis» à relever. Tour d'horizon.

• Sécurité: risque d'implosion

Une amélioration avait été notée fin 2007, très relative selon les régions, les villes et les quartiers du pays. En mars 2008, cependant, des combats ont opposé l'armée irakienne aux milices chiites. Hier encore, durant la conférence de Stockholm, deux attentats-suicides ont fait une vingtaine de morts dans le nord du pays. «Nous rencontrons d'énormes difficultés à nous déplacer, regrette Phil Humphris, responsable du programme Irak à Médecins sans frontières Suisse. Le problème se pose surtout pour les expatriés, mais également pour nos employés locaux. Tant que nous n'aurons pas accès aux zones de conflit, nous ne pourrons pas évaluer correctement les besoins de la population.»

«L'insécurité a notablement diminué par rapport à la même période l'année passée, tempère Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS. Mais cette amélioration a été obtenue par un tour de passe-passe américain consistant à donner le pouvoir à ceux qui les combattaient. Les milices ont été armées. La multiplication d'intérêts locaux et particuliers rend désormais extrêmement difficile la mise en place d'une solution globale. Le risque est l'implosion de la société irakienne.»

• Infrastructures: urgence

«C'est le problème numéro un, note Dorothea Krimitsas, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Enormément de gens n'ont accès ni à l'eau potable ni à l'électricité. Les conflits successifs depuis les années 1980 n'ont pas laissé le temps aux Irakiens de reconstruire leurs infrastructures.»

• Santé: délabrement avancé

Les hôpitaux sont dans un état de délabrement avancé. «Le personnel est parti ou a été tué, les équipements sont vieux ou inexistants. Lorsqu'il y a un attentat-suicide ou un combat quelque part, nous parons au plus pressé en envoyant des «kits blessés graves» au centre de soins le plus proche», souligne la porte-parole du CICR.

• Population déplacée

Dans un récent rapport, l'Organisation internationale pour les migrations recense 5,1 millions d'Irakiens déplacés à l'intérieur du pays ou réfugiés dans un Etat voisin. «Dans le nord de l'Irak où nous travaillons, nous avons constaté une diminution des nouvelles arrivées dans les camps ainsi que quelques retours, se félicite Phil Humphris. Cela dit, nous ne savons pas trop dans quelles conditions rentrent ces gens. Le taux de chômage élevé fait que beaucoup ont de la peine à louer une maison et à survivre.»

• Economie: signes de reprise

Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki, a demandé hier à Stockholm l'annulation de la dette et des sanctions datant du régime de Saddam Hussein, «obstacles à la reconstruction et au développement» du pays. Le montant des dédommagements dus pour l'invasion du Koweït en 1990 est évalué à des dizaines de milliards de dollars et l'Irak doit verser 5% de ses revenus pétroliers à un fonds créé par le Conseil de sécurité de l'ONU.

«On perçoit quelques signes de reprise économique dans les secteurs comme le bâtiment, les infrastructures ou le pétrole, remarque cependant Pierre-Jean Luizard. Des hommes d'affaires russes, chinois, européens ou indiens profitent de l'accalmie pour venir en Irak, mais le retour des grandes compagnies pétrolières n'est pas programmé. Cela coûte trop cher en assurances.»