La Corée du Nord dispose d’une nouvelle filière nucléaire: l’enrichissement de l’uranium. L’existence de ce programme a été confirmée, samedi 20 novembre à Washington, par une personnalité scientifique américaine, Siegfried Hecker, qui a visité, la semaine dernière, ces installations situées dans le complexe atomique de Yongbyon, à une centaine de kilomètres au nord de Pyongyang.

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) avait annoncé en septembre 2009 avoir atteint la «phase finale» de son programme d’enrichissement. Elle s’est d’ores et déjà dotée d’une filière à base de plutonium grâce à laquelle elle a procédé à deux essais nucléaires, en 2006 et 2009, et elle disposerait d’une douzaine d’armes atomiques. Le département d’Etat américain a dépêché à Séoul, Tokyo et Pékin son envoyé spécial chargé de la question coréenne, Stephen Bosworth, pour consultation.

Caractère ultramoderne

Siegfried Hecker, de l’université Stanford, qui s’est rendu six fois en Corée du Nord, a déclaré avoir été «stupéfait» par le caractère ultramoderne des installations («comparables aux équipements américains»), et avoir vu «de centaines et des centaines» de centrifugeuses (2000, selon Pyongyang). Le scientifique américain n’a pas été en mesure de préciser si ces équipements sont à même d’enrichir suffisamment d’uranium pour produire de l’électricité ou pour être utilisés à des fins militaires. Destinés à une production nucléaire civile, a-t-il précisé, ils peuvent rapidement être reconvertis à des fins militaires.

Le programme d’enrichissement de l’uranium nord-coréen a été à l’origine, en octobre 2002, de la seconde crise nucléaire (après celle de 1994) déclenchée par l’administration Bush (senior), qui avait accusé Pyongyang de violer l’accord de 1994, gelant sa filière à base de plutonium. A l’époque, Washington affirmait que «la production d’uranium est une question de quelques mois». En février 2007, «notre conviction est à un niveau moyen», concédait Joseph De Trani, responsable des renseignements sur la Corée du Nord, devant une commission du Sénat.

Fabrication locale

S’il existait des preuves que Pyongyang avait bien l’ambition de développer une filière de l’enrichissement de l’uranium (achat de centrifugeuses et autres équipements au Pakistan), le programme était au mieux expérimental. Au début 2009, les inspecteurs internationaux qui se trouvaient à Yongbyon n’avaient décelé aucun équipement d’enrichissement. Selon les informations fournies à Pyongyang à Siegfried Hecker, les centrifugeuses ont été fabriquées localement, à partir de modèles néerlandais et japonais.

Pourquoi avoir montré ces installations? Plusieurs explications sont avancées. Selon la plus plausible, le régime de Pyongyang entend faire savoir qu’il poursuit son programme nucléaire (qui comporte, en outre, la construction d’une centrale à eau légère, repérée par satellite, dont Siegfried Hecker a constaté que les travaux avançaient), et se servir des progrès accomplis comme nouveau levier de négociation avec les Etats-Unis en vue d’obtenir des garanties de sécurité. Pour Washington, «c’est d’un nouvel acte de défiance de Pyongyang».