Technologies numériques

Le projet «Geneva Plus» bloqué par le Conseil fédéral

Le projet, élaboré par des représentants de la politique, de l’ONU, du secteur privé et de la société civile, entend identifier les champs à développer pour profiler la Suisse et la Genève internationale en matière de gouvernance mondiale. Mais il n’a, pour l’heure, pas convaincu le gouvernement fédéral. L’ex-patron de l’EPFL Patrick Aebischer estime qu’il ne faut pas trop tarder

Le foisonnement de projets liés à l’innovation technologique au sein même de la Genève internationale est impressionnant. Entre l’Internet Geneva Platform, les «Digital Talks» du conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet et le Geneva Science Policy Interface (SPI) de l’Université de Genève, les projets ne manquent pas. Il en est un toutefois qui vient d’être renvoyé à des jours meilleurs. Dénommé «Geneva Plus», version raccourcie de «Geneva Science and Diplomacy Anticipator», le projet porté notamment par l’ex-patron de l’Ecole polytechnique fédéral de Lausanne (EPFL) Patrick Aebischer n’a pas convaincu une majorité du Conseil fédéral.

Révélée par la RTS, la nouvelle peut surprendre tant Berne et Genève mettent les bouchées doubles pour faire de la Genève internationale un hub de la gouvernance globale et de la régulation de l’internet.

Triage nécessaire

Le projet, qui vise à anticiper les transformations technologiques de la société de demain, aurait dû être lancé en mai. La Confédération était prête à y injecter 2 millions de francs jusqu’en 2020. Des mécènes privés seraient disposés à investir au moins 8 millions. Le groupe de travail planchant sur le projet lancé voilà plus de deux ans a été nommé par Didier Burkhalter, quand il était encore au Conseil fédéral. Il a désormais le soutien d’Ignazio Cassis, son successeur à la tête du Département fédéral des affaires étrangères. Le blocage au gouvernement tiendrait à l’opposition de l’UDC, mais aussi de la gauche et du centre. Mais pas seulement. Vu que plusieurs départements sont concernés, la Confédération chercherait à coordonner les divers projets en cours pour placer au mieux la Genève internationale sur la carte de l’innovation technologique.

Vice-président du groupe de travail, l’ex-président de l’EPFL Patrick Aebischer garde bon espoir que le projet passe la rampe cet automne: «Il s’agit d’opérer déjà maintenant un triage des grandes problématiques scientifiques pour anticiper ce qui peut se passer en termes de gouvernance. Cela aidera la Genève internationale et la Suisse à se profiler. Il y a cinq ans, on entendait peu parler d’intelligence artificielle. Aujourd’hui, tout le monde en fait une priorité.» Le groupe travaillant sur «Geneva Plus» comprenait notamment Michael Moeller, directeur de l’Office des Nations unies à Genève, François Longchamp, qui présidait le Conseil d’Etat genevois jusqu’en juin, Sandrine Salerno, conseillère administrative de la ville de Genève, Rolf Soiron, président du Conseil des directeurs du groupe Lonza, et Doris Schopper de l’Université de Genève. Il s’est appliqué à identifier les acteurs de la gouvernance globale et l’apport que la Suisse et Genève pourraient y apporter. Il prévoit la création d’un forum mondial des sciences et des technologies de l’avenir et une académie virtuelle qui agiraient tous deux comme «accélérateur d’innovation».

Fort potentiel philanthropique

Pour Didier Raboud, secrétaire général adjoint de l’Université de Genève, la prolifération des projets ne l’effraie pas: «C’est typique de ce que doit être un écosystème d’innovation, qui est par définition complexe. Les projets sont multiples, ils ont chacun leur dynamique, leurs difficultés. Mais ils cherchent tous à créer des interfaces puissantes entre les milieux académiques, les organisations internationales, les ONG et le secteur privé. Les universités deviennent poreuses, elles s’inscrivent de plus en plus dans des écosystèmes d’innovation.»

A Berne comme à Genève, on a conscience qu’il faut décider rapidement. La France investit d’énormes fonds dans l’innovation. Patrick Aebischer lui-même met en garde: «Le projet n’a pas été élaboré à la légère. Il s’inscrit dans un partenariat privé-public. Il bénéficie d’un grand potentiel en matière de philanthropie. Mais s’il s’enlise dans des querelles politiques, alors on risque de perdre le momentum et d’autres prendront la place de Genève.» Quant au conseiller national Carlo Sommaruga, il juge le projet encore trop vague et se demande ce que fait l’ex-conseiller national Fulvio Pelli à la présidence du groupe.

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