Empathique, direct et «là pour dire la vérité». Le jour même où il a signé son gigantesque plan de relance à 1900 milliards de dollars, avalisé par le Congrès malgré l'opposition républicaine, Joe Biden s'est adressé pour la première fois à la nation. Un discours de 26 minutes, prononcé jeudi sur un ton solennel, uniquement consacré au Covid-19, un an après le début de la pandémie. Et Joe Biden n'a pas lésiné sur les «grandes annonces».

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Des sites de vaccination de masse

Il veut aller vite, montrer qu'il fait de la lutte contre la pandémie sa priorité absolue. S'il avait tablé sur 100 millions de doses de vaccin injectées durant les trois premiers mois de sa présidence, il compte désormais atteindre ce but en soixante jours. Surtout, grâce aux 100 millions de nouvelles doses qu'il vient de commander à Johnson & Johnson, «tous les adultes de plus de 18 ans pourront avoir accès au vaccin d'ici au 1er mai», a-t-il clamé à deux reprises, les yeux rivés vers la caméra, un peu à la manière du serpent Kaa du Livre de la jungle. En clair, il demande aux gouverneurs des différents Etats, qui procèdent aujourd'hui par catégories, d'ouvrir l'éligibilité au vaccin à tous les adultes au plus tard le 1er mai. Il faudra ensuite plusieurs jours ou semaines pour que la totalité des Américains soient vaccinés.

Mais Joe Biden ne lâche pas la pression. Ce ne sera plus un million de doses de vaccin, mais deux millions qui seront désormais, en moyenne, administrées chaque jour, «plus que dans l'importe quel autre pays», précise-t-il. Il a, par ailleurs, annoncé que 4000 soldats supplémentaires, soit un total de 6000, seront mobilisés pour faciliter la campagne de vaccination, alors que plusieurs Etats américains recourent à des sites d'injections de masse, dans des stades ou des salles de congrès. De nouveaux sites devraient prochainement être réquisitionnés à cet effet et des dentistes ou vétérinaires - par exemple - seront également choisis pour administrer des vaccins. Joe Biden espère aussi faciliter l'accès aux informations grâce à un nouveau site Internet. 

«J'ai besoin de vous»

Le président veut inspirer confiance. Il montre d'abord qu'il compatit, évoque les douleurs et souffrances provoquées par la pandémie, ses effets dévastateurs sur l'économie. Le Covid-19 a tué plus de 527 000 Américains, il a plongé des millions de familles dans le désarroi et la précarité. Dans ces conditions, Joe Biden parle toujours de son expérience personnelle, de sa propre famille. Il se rappelle très bien du jour où son père, à Scranton (Pennsylvanie), lui a annoncé qu'il avait perdu son emploi. Son prédécesseur, Donald Trump, s'était au contraire illustré par son manque d'empathie, sa tendance à minimiser publiquement les risques du coronavirus, désireux de relancer l'économie rapidement. Il a même caché qu'il s'était fait vacciner en janvier, avant de quitter la Maison-Blanche. 

Joe Biden veut aussi aller vite, mais le «combat est loin d'être terminé», avertit-il. Il a lancé un appel à l'unité nationale, à dépasser les luttes partisanes à propos du port du masque, alors que des Etats comme le Texas viennent de décider de lever d'un coup les restrictions. Un «retour à la normale» n'est possible qu'à condition de combattre le virus, de se faire vacciner, de continuer à porter le masque et respecter les gestes barrières, insiste-t-il, avec un: «J'ai besoin de vous.»

Puis, le démocrate, soucieux de faire apparaître un peu de «lumière au milieu de l'obscurité», a prononcé les mots magiques: le 4 juillet, jour de la Fête nationale. «Si nous faisons notre part, si nous faisons cela ensemble, d'ici le 4 juillet, il y a de bonnes chances que vous, vos familles et vos amis, puissiez vous réunir dans votre jardin ou dans votre quartier et faire un barbecue pour célébrer le jour de l'indépendance, en petits comités». Après cette longue année difficile, «l'une des plus sombres et plus dures de l'histoire des Etats-Unis», «cela fera de cette fête de l'indépendance quelque chose de vraiment spécial, où nous ne marquerons pas seulement notre indépendance en tant que nation, mais où nous commencerons à marquer notre indépendance vis-à-vis de ce virus», a-t-il déclaré.

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Comme dans toute opération de communication habilement soignée, les points forts de son discours avaient déjà filtré avant qu'il le prononce en direct. Contrairement à ses quinze prédécesseurs, Joe Biden était le seul président à ne pas avoir tenu de conférence majeure dans les premières semaines de son mandat, ce qui lui a valu quelques critiques. Son objectif était de s'exprimer une fois son plan de relance avalisé par le Congrès et signé. Sur le front du Covid-19, Joe Biden avance de façon méthodique, sans se laisser distraire.