Europe

Promesse de libéraliser le régime de visas pour les Turcs: Ankara se méfie de l’UE

Bruxelles tire un bilan positif de l’accord EU-Turquie sur le flux des réfugiés. Pour sa part, la Turquie s’impatiente et menace même de répudier l’accord

Un mois après la signature de l’accord Union européenne (UE)-Turquie sur la gestion des flux migratoires, la Commission a de quoi être satisfaite. Mardi dernier, 176 réfugiés ont traversé la mer d’Egée depuis la Turquie pour gagner Grèce. Le 20 mars dernier, ils étaient 1667. Au moment le plus critique de la crise des migrants, c’est-à-dire en octobre, novembre et décembre 2015, la moyenne journalière du nombre d’arrivées dans les îles grecques était respectivement de 6929, 5146 et 3368.

«Nous sommes satisfaits des mesures prises par Ankara pour endiguer le flot», s’est félicité mercredi le commissaire Dimitris Avramopoulos en charge de l’Intérieur et de la Migration lors de la présentation d’un rapport sur la mise en œuvre de l’accord du 18 avril 2016. Selon lui, la stratégie européenne est la bonne: le recours aux passeurs s’estompe et, pour l’heure, rien indique que ces derniers exploitent des routes alternatives.

La Commission a également salué le début du programme de retour en Turquie des migrants en situation irrégulière en Grèce. A ce jour 325 migrants illégaux ont été renvoyés. «C’est un début en attendant que tout le mécanisme soit pleinement opérationnel», a espéré Dimitris Avramopoulos. Parallèlement, 103 réfugiés se trouvant en Turquie ont été réinstallés dans les Etats européens dans le cadre du programme «un pour un». Celui-ci prévoit que pour chaque réfugié syrien expulsé de la Grèce et recueilli par la Turquie, l’UE en accueille un à partir des camps de réfugiés turcs.

Sur le plan financier, un aspect crucial de l’accord, la mobilisation des 3 milliards d’euros sur deux ans destinés à améliorer les conditions de vie des réfugiées, est en bonne voie. A ce jour, 187 millions d’euros ont été débloqués pour soutenir les actions de Haut-Commissariat pour les réfugiés, de la Croix-Rouge internationale et d’autres organisations humanitaires.

En revanche, le dossier concernant l’exemption de visas pour les citoyens turcs voulant se rendre dans l’espace Schengen – une revendication clé pour Ankara – n’a pas évolué. Le rapport dit que «l’UE s’emploiera activement pour faire progresser le processus», ajoutant que la Turquie doit encore satisfaire des critères – 72 au total – d’ici à la fin de la semaine prochaine. La Commission traitera ce volet dans un nouveau rapport le 4 mai. Le nouveau régime de visas doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain.

Méfiante, la Turquie craint que Bruxelles ne respecte pas son engagement. L’exemption de visas doit obtenir l’aval du Parlement européen. Or, celui-ci vient d’adopter un rapport très critique sur la situation des droits humains dans le pays. «L’UE a plus besoin de la Turquie que la Turquie a besoin de l’UE», a mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan à la veille de la publication du rapport. Lundi soir, le premier ministre Ahmet Davutoglu prévenait que son pays ne serait plus tenu de respecter l’accord si les Européens ne tenaient pas leur promesse.

Ces remarques récurrentes ont fini par agacer le chef de l’exécutif européen Jean-Claude Juncker. «Il m’a rappelé cet élément de l’accord, mais il n’avait pas besoin de le faire, a-t-il déclaré lundi à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre turc au Conseil de l’Europe. Nous avons un accord qui est appliqué. Il n’y a pas lieu de lancer des menaces à tous vents.» Hier, le commissaire Avramopoulos a tenté de calmer le jeu. «L’UE a autant besoin de la Turquie que la Turquie a besoin de l’UE», a-t-il déclaré.

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