France

Promesses présidentielles, l’heure des comptes

La percée dans les sondages du candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a déclenché un tir de barrage sur le coût de son programme. D’autres additions font tout aussi mal

Robert Rochefort est satisfait. Le bras droit de François Bayrou pour les questions économiques, ancien responsable d’un centre d’études respecté sur les conditions de vie, n’est pas peu fier du satisfecit adressé au MoDem par l’Institut de l’entreprise, qui a chiffré en France les différents programmes présidentiels.

«On a les bons arguments, le bon raisonnement et les bons chiffres. Qui dit mieux?» se félicitait la semaine dernière à Paris ce proche du candidat centriste, seul à ne pas avoir intégré dans ses calculs les plans de rigueur votés en 2011 et les hausses de recettes consécutives. Une sobriété à l’opposé des promesses de celui qui menace de le détrôner comme «troisième homme» de la campagne: Jean-Luc Mélenchon, dont le projet de rembourser à 100% les dépenses de santé, de rétablir la retraite à taux plein à 60 ans, de renationaliser à tour de bras ou de réembaucher 60 000 fonctionnaires – entre autres mesures phares – pourrait, au total, coûter 300 milliards d’euros à la France, selon les estimations les plus onéreuses. Un véritable «gouffre», selon ses détracteurs.

Le débat est bien sûr théorique. Les propositions des candidats auditées par l’Institut de l’entreprise, l’Institut Montaigne ou Terra Nova – les deux premiers classés à droite, le troisième à gauche – figurent dans des catalogues de promesses présidentielles destinées à être révisées par les contraintes du pouvoir et en fonction d’un calendrier qui dépasse les frontières nationales. N’empêche: les tensions sur les taux d’intérêt espagnols de ces derniers jours et la menace d’un nouveau bras de fer avec les marchés financiers ont ravivé la bataille des chiffres. En particulier entre Nicolas Sarkozy et François Hollande tous deux en position d’accusés en matière de maîtrise des dépenses publiques.

Le premier a promis le 5 avril, lors de la présentation de ses 32 mesures pour «la France forte», de réduire le train de vie de l’Etat de 0,4% par an pour parvenir à l’équilibre budgétaire en 2016. Le second, au terme de ses 60 propositions, affirme qu’il le diminuera de 1% l’an pour atteindre un «déficit résiduel» de 0,5% en 2017. Or problème: l’addition dont héritera le prochain locataire de l’Elysée est déjà trop salée. Les 2% en moyenne d’augmentation «structurelle» des dépenses publiques obligeront, en réalité, à faire beaucoup plus d’efforts. Sans parler des engagements pris: «Le vote attendu d’un frein constitutionnel à l’endettement, prévu par le récent «pacte fiscal européen» imposera de toute façon des correctifs, rappelle Yannis Emmanouilidis, de l’European Policy Center. A moins bien sûr que ce texte – dont François Hollande exige la renégociation – ne soit purement et simplement dénoncé.» Une option «nucléaire» que le candidat du PS s’est bien gardé d’évoquer.

L’autre talon d’Achille des programmes est comme d’habitude la croissance: 1,5% pour François Bayrou, de 2 à 2,5% pour le candidat socialiste alors que la Commission européenne prévoit… 0,4% pour l’Hexagone en 2012. «Il est clair que leurs chiffres sont au moins volontaristes, pour ne pas dire très optimistes», estime-t-on à Bruxelles, où les pendules seront remises de toute façon à l’heure dès le 25 mai, date du premier sommet européen post-présidentielle.

Le sel du chiffrage, lui, aboutit souvent à un inventaire à la Prévert. Exemple: la création de 60 000 postes de fonctionnaires réclamée par le Front de gauche est estimée par l’Institut Montaigne à 5,2 milliards d’euros sur la durée du quinquennat. La construction de 40 000 nouvelles places de prison proposée par Marine Le Pen frôle le milliard. Son souhait d’augmenter de 200 euros net par mois tous les salaires inférieurs à 1,4% du Smic (le salaire minimum) à 4 milliards. Avec une constante: la calculette, dans presque tous les camps, a fonctionné plus pour les additions que pour les soustractions. Lesquelles font l’objet de propositions farfelues, telle la diminution de plus de 11 milliards d’euros par an de la contribution nette française au budget européen préconisée par Le Front national.

Conséquence: certains, comme Terra Nova, préconisent, plutôt qu’une comparaison des chiffres, celle des courbes et des moyens employés. Avec des interprétations différentes. Selon l’institut proche de la gauche, les 50 milliards d’euros d’économies entre 2012 et 2017 auraient ainsi plus d’effets que les 70 milliards promis par Nicolas Sarkozy, car «ils étoufferont moins les opportunités de reprise économique». Les groupes de réflexion de droite, en revanche, accusent tous les propositions de la gauche de ne pas s’attaquer au problème français récurrent qu’est le coût de l’Etat et des mesures qui en dépendent, comme la création annoncée par François Hollande de 150 000 emplois d’avenir «dont le financement sera aux trois quarts public», selon l’Institut Montaigne. Ce dernier donne toutefois un bon point au candidat socialiste pour avoir «correctement chiffré son programme». Alors que Terra Nova estime à 35 milliards d’euros le trou des propositions Sarkozy…

Publicité