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Les propos d'un officiels sur les purges staliniennes ulcèrent des historiens

Dans un climat de répression accrue, le chef des services de sécurité russe a estimé qu'une «part significative» des personnes assassinées dans les années 1930 avaient «objectivement» un aspect criminel. Tollé de scientifiques

Des académiciens russes se sont alarmés samedi de propos récents tenus par le chef des services de sécurité russes (FSB), Alexandre Bortnikov, sur les purges massives de Staline dans les années trente, y voyant une tentative de justification, la première depuis des décennies.

Dans une lettre ouverte publiée sur le site internet du quotidien Kommersant, plus d'une trentaine de membres de l'Académie des Sciences redoutent qu'une «révision» du rôle de la police secrète de Staline soit intentionnelle et invitent l'opinion publique à se joindre à leurs protestations.

Des «liens avec les agences étrangères»

Dans une interview accordée cette semaine au quotidien Rossiiskaya Gazeta, Alexandre Bortnikov avait déclaré que les archives mettaient en évidence qu'une «part significative» des dossiers criminels de cette époque «avaient objectivement un aspect» criminel.

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Sans vouloir «blanchir qui que ce soit», le chef du FSB avait dénoncé en particulier les «liens existant entre des conspirateurs de coup d'Etat et des agences de sécurité étrangères».

Anniversaire de la Tchéka

Cette interview avait été donnée à l'occasion du centième anniversaire de la Tchéka, la première police secrète mise en place pour écraser toute opposition au régime soviétique. Le FSB a succédé, après la chute de l'URSS, au KGB, les services secrets soviétiques, dont le président russe Vladimir Poutine fut un officier.

Les historiens estiment qu'un million environ de personnes ont péri lors des sanglantes purges staliniennes des années trente, sur un total de quelque 20 millions de victimes pendant les trente années du pouvoir de Staline, disparu en 1953.

La première fois que l'on excuse les purges

«Apparemment, pour la première fois depuis le 20è Congrès du Parti communiste (soviétique) en 1956, l'un de nos hauts fonctionnaires justifie les purges massives des années 30 et 40, qui s'accompagnèrent de sentences erronées, de tortures et d'exécutions de centaines de milliers de compatriotes innocents», soulignent les académiciens dans leur lettre ouverte.

Les académiciens russes se sont insurgés aussi contre le fait qu'Alexandre Bortnikov ait omis d'évoquer l'arrestation et l'exécution de millions de citoyens soviétiques sous Staline, dont des scientifiques et d'importants responsables de l'armée.

Que veut le chef du FSB?

«Les objectifs de M. Bortnikov dans son interview extensive ne nous sont pas clairs. De quoi s'agit-il? D'une recommandation au nouveau président? De l’expression d'une nostalgie envers des temps passés ou celle d'une propagande pour une nouvelle doctrine?», poursuit la lettre ouverte. Vladimir Poutine a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de mars 2018 pour un quatrième mandat.

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«Quoi qu'il en soit, nous protestons fermement contre une révision de la perception inhumaine et dirigée contre le peuple qu'ont eue les purges et nous appelons toutes les personnes sensées - qui ne veulent pas voir leurs enfants revivre les horreurs des années 30 - à se joindre à notre protestation», poursuivent les signataires.

Un expert des services de sécurité russes, Andreï Soldatov, a qualifié l'interview d'Alexandre Bortnikov de «très dangereuse». «Ces deux à trois dernières années, (Vladmir) Poutine a fait consciemment du FSB un instrument de répressions sélectives», a-t-il dit à l'AFP, dénonçant l'implication des services de sécurité dans «presque toutes» les affaires criminelles importantes.

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