Conflit

Les prorusses du Donbass veulent supprimer l’Ukraine pour la «Malorossia»

Les autorités de la République autoproclamée de Donetsk ont annoncé hier la création d’un nouvel Etat, la Malorossia, destiné à remplacer l’Ukraine. Fantasme ou projet? Décryptage

Si les armes continuent de gronder quotidiennement dans le Donbass, cela faisait un certain temps qu’on n’avait pas entendu tonner les dirigeants séparatistes de la République populaire autoproclamée de Donetsk. Leur «chef», Alexandre Zakhartchenko, a rompu hier la trêve médiatique en déclarant la naissance d’un nouvel Etat fédéral, la Malorossia: un pays ancien et nouveau à la fois, qui serait destiné à remplacer l’Ukraine.

«L’Etat ukrainien a montré qu’il était défaillant et a prouvé son incapacité à assurer à ses habitants un présent et un futur pacifiques et prospères, a ainsi déclaré le chef de guerre prorusse, accompagné du célèbre et sulfureux écrivain national-bolchevique russe Zakhar Prilepine. Nous appelons à proclamer et rétablir l’Etat de Malorossia à la place de l’ancienne Ukraine, pays coupable de crimes de guerre, terreur de masse et génocide.»

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Une Ukraine «néonazie»

La suite du discours est une litanie d’accusations sur le caractère «néonazi» de l’Ukraine contemporaine et de l’Ukraine de toujours, un concept que Zakhartchenko appelle à disparaître, se disant soutenu par «des représentants des 19 régions d’Ukraine», pour le remplacer par un vestige historique: la Malorossia, un mot qui signifie «petite Russie» en langue slave, qui était le nom donné aux provinces ukrainiennes administrées par la Russie des tsars.

En effet, en 1654, lors du traité de Pereieslav, «l’Hetmanat cosaque», matrice ancienne de l’Ukraine moderne, se soumet à l’Empire russe. «Jusqu’au XIXe siècle, le nom de Malorossia va être utilisé pour désigner les terres ukrainiennes, un peu comme on utilisait alors le terme de Basse-Allemagne pour désigner les actuels Pays-Bas», explique Andreas Umland, professeur à l’université nationale Académie Mohyla de Kiev.

«Le terme n’est plus usité, poursuit cet historien des relations russo-ukrainiennes, le réactiver aujourd’hui suggère une continuité historique qui, en fait, n’existe pas.» Déjà en 2014, la première génération de séparatistes, menée par le fameux Igor «Strelkov» Girkine, avait ressuscité le terme de Novorossia («nouvelle Russie»), ensuite abandonné, pour désigner les anciennes steppes du sud-est de l’Ukraine, colonisées par les Russes au temps de l’impératrice Catherine II.

Un concept réanimé

«Le concept de Malorossia est réapparu il y a quelques années dans les discours du vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine, qui avait exprimé l’idée que les terres ainsi désignées, et donc une grande partie de l’Ukraine, appartenaient à la Russie», indique Andreas Umland, pour qui l’annonce de ce «nouvel Etat» pourrait signifier un changement de stratégie du Kremlin vers une extension du phénomène séparatiste en Ukraine.

Il se pourrait qu’il s’agisse juste d’une lubie soudaine des dirigeants des Etats non reconnus de Donetsk et de Lougansk, pour faire du bruit car, étonnamment, les mass media russes, peut-être pris au dépourvu, n’ont pas relayé dans les minutes qui ont suivi la renaissance de la «petite Russie» de la grande Catherine. Cela n’empêche pas les dirigeants séparatistes d’avoir des idées très claires et malgré tout très contradictoires sur leur nouvelle patrie.

«Un pantin qui transmet les messages du Kremlin»

Donetsk deviendrait capitale du nouvel Etat, s’étendant sur toute l’Ukraine, tandis que Kiev ne conserverait que le statut de «ville historique et culturelle». Les pro-russes prônent un Etat dans lequel «l’activité des partis politiques serait supprimée». Par contre, forcément, ils ne veulent pas renoncer à la liberté de voyager sans visa en Europe, récemment acquise par l’Ukraine.

En voyage à Tbilissi, le président Petro Porochenko a ainsi réagi: «Zakhartchenko n’est pas un politicien, mais un pantin qui transmet les messages du Kremlin.»

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