Un rempart contre

les catastrophes

Le secrétariat genevoisde l’Organisation internationalede protection civile compte une vingtaine de salariés, pourun budget annuel d’environ 3 millions de francs. L’entité forme des secouristes dans le monde entier et livre notamment des médicaments, de la nourriture ou des équipements sanitaires aux populations victimes des intempéries ou de la guerre

Basée à Genève depuis 1937, l’Organisation internationale de protection civile a pour vocation la protection des biens et de l’environnement, y compris les monuments historiques, ainsi que des populations civiles. Elle est chargée d’intensifier et de coordonner sur le plan mondial le développement et le perfectionnement des méthodes pour prévenir, préparer et intervenir dans des contextes d’urgence. Soit en temps de paix, soit pour atténuer les souffrances en cas de guerre. Rencontre avec le secrétaire général de l’entité, Vladimir Kuvshinov.

Le Temps: Quelle est la genèse de l’OIPC?

Vladimir Kuvshinov: La naissance de l’OIPC s’inscrit dans le sillage de la Première Guerre mondiale. A l’origine, notre institution se concentrait sur les efforts de soutien aux civils en période de conflits armés. Son mandat a par la suite été étendu aux situations de catastrophes naturelles. L’OIPC a été fondée en 1931, à Paris, sous l’appellation d’Association «Lieux de Genève». En 1937, notre siège a été transféré au bout du lac. Ce n’est qu’en 1958 que nous avons changé de statut, devenant l’OIPC, une organisation non gouvernementale, puis, en 1972, une organisation intergouvernementale, aujourd’hui composée de 53 Etats membres et de 19 pays observateurs.

– A quoi sert votre entité?

– L’OIPC contribue à créer et à renforcer les infrastructures de protection civile dans les pays où elles n’existent pas ou sont peu développées. Sous forme de donation de matériel, soit plus de 20 conteneurs livrés cette année, ou à travers notre réseau d’experts, chargés de fournir et de coordonner l’assistance technique. Notre organisation conçoit également des programmes humanitaires et de formation pour les personnels nationaux de protection civile.

– Pouvez-vous citer des exemplesde projets passés?

– Nous avons mis en œuvre, entre 2007 et 2011, des campagnes de déminage, notamment au Liban, en Serbie et au Nicaragua. Nous avons aussi livré ces dernières années du blé à la population afghane (7800 tonnes) et en Corée du Nord (4400 tonnes), des ambulances et un hélicoptère en Asie, des médicaments et des équipements sanitaires en Côte d’Ivoire, plus de 50 véhicules tout-terrain et autre matériel de sauvetage en Guinée et au Kirghizistan, ou encore des abris temporaires pour un camp de 1000 personnes en Haïti.

– Qu’en est-il des efforts présents?

– Concernant nos initiatives en cours de réalisation, je peux citer nos projets d’assistance humanitaire – vivres, abris, générateurs et accumulateurs électriques, matériel anti-incendie, masques à gaz, émetteurs-récepteurs radio, téléphones portables, toilettes chimiques avec récupérateurs d’eau, etc. – à Cuba et en Afrique, de livraison de médicaments à Gaza, d’envoi de bateaux dans les zones victimes d’intempéries en Asie et dans les Balkans, d’outils de mesure sismique en Amérique latine ou encore de développement d’un système national de prévention et d’élimination des situations urgentes – telle l’épidémie d’Ebola –, notamment en Guinée-Conakry.

– Rencontrez-vous d’importantes difficultés dans le cadre de vos actions?

– Les plus sérieuses concernent les procédures douanières liées à notre assistance technique. Nos livraisons souffrent souvent d’importants retards. Mais, vu que ce sont les Ministères de l’intérieur – départements généralement puissants – qui sont concernés par ces dernières, nos problèmes finissent toujours par se résoudre dans des délais acceptables.

– D’autres organisations sont, comme vous, actives dans l’humanitaire. Quelle est votre valeur ajoutée?

– A ma connaissance, nous sommes les seuls à agir au niveau des infrastructures nationales, dans une perspective d’harmonisation, à l’échelle mondiale, des procédures de gestion des crises. Les ONG, par exemple, sont généralement actives plus localement, et rarement au même échelon gouvernemental que nous. Mais nous travaillons étroitement avec les organisations présentes à Genève et actives dans la santé, l’humanitaire ou le développement.

– Combien de salariés employez-vous?

– Notre secrétariat compte une vingtaine de collaborateurs.

– Quels sont vos moyens financiers?

– Nous fonctionnons avec un budget annuel d’environ 3 millions de francs, grâce principalement aux cotisations de nos Etats membres, comprises entre 21 000 et 60 000 francs par an, selon les pays. A ce montant s’ajoutent les dons en «nature». La Suisse, la Russie, la Chine et les Etats du Moyen-Orient sont parmi les nations les plus contributrices. Par ailleurs, Berne, nous verse un montant de 150 000 francs par an, essentiellement pour étendre nos programmes de formation, parmi les plus sophistiqués du monde.

– Manquez-vous de ressources?

– Vu la recrudescence des intempéries graves en raison du changement climatique et du contexte de tensions internationales dues aux multiples foyers d’instabilité géopolitique, nous manquons d’argent. Nous sommes en train d’explorer des pistes de partenariats élargis, sollicitant davantage la générosité des gouvernements, mais aussi du secteur privé.

– Des multinationales seraient-elles prêtes à payer?

– Certainement. En particulier les entreprises industrielles produisant par exemple du matériel de protection civile (PC).

– La Suisse compte environ 300 000 abris PC, soit l’une des plus fortes densités d’édifices de ce type au monde. Qu’en pensez-vous?

– C’est un partenaire qui est toujours cité en exemple. Mais d’autres Etats, comme les pays de l’ex-Union soviétique, disposent d’infrastructures comparables. Toutefois, la Suisse reste un leader en la matière.

– Comptez-vous aussi utiliser les infrastructures helvétiques comme vitrine?

– Oui. Nous envisageons d’organiser notamment des visites des abris PC pour que les Etats puissent s’inspirer du modèle suisse.

– Quels sont vos défis futurs?

– Ils sont multiples. Nous avons aussi pour ambition de développer nos programmes de formation à distance (cours en ligne). A l’instar de celui qui se déroule en Tunisie, où nous sommes en train d’enseigner aux cadres nationaux l’utilisation efficace du matériel de protection civile et des gestes de premier secours. Nous avons aussi lancé un programme ambitieux qui consiste à créer un Centre international d’information et de veille, destiné à surveiller de façon permanente l’évolution des catastrophes naturelles.

– Finalement, êtes-vous toujours actifs dans le cadre de conflits armés, comme en Ukraine, ou à travers ce qui se passe en Irak et en Syrie avec l’Etat islamique?

– Non, l’OIPC est apolitique et ne peut envisager d’être active qu’en aval. Aujourd’hui, nous concentrons essentiellement nos efforts sur le secours de civils victimes de catastrophes naturelles ou dues à l’homme.

«L’OIPC agit en aval de conflits armés. Et porte secours aux civils lors de crises humanitaires dues à l’homme ou à la météo»