Le nombre d’immolations par le feu pour protester contre la tutelle de Pékin s’accélère dans les régions tibétaines de Chine (LT du 09.11.2012). Chacun de ces actes de désespoir d’une violence inouïe jette une ombre sur l’idée de «société harmonieuse» prônée par le Parti communiste, réuni cette semaine à Pékin pour renouveler ses dirigeants. En guise de réponse, les autorités chinoises ont encore renforcé jeudi la surveillance policière dans la région. Pour le tibétologue Robert Barnett, cela ne fait qu’attiser le feu d’un nouveau nationalisme tibétain, plus radical.

Le Temps: Pourquoi cette nouvelle série d’immolations?

Robert Barnett: Cette troisième vague confirme la montée d’un nouveau nationalisme tibétain, plus déterminé et démonstratif. La première série d’immolations impliquait des moines et des nonnes bouddhistes qui protestaient contre les excès des forces de sécurité chinoises et la surveillance des monastères. Dans un second temps, des personnes laïques ont suivi la même voie pour exprimer leur sympathie envers les moines. A présent, plusieurs groupes emploient ce mode de protestation au même moment dans différents lieux, ce qui s’apparente à une stratégie pour tenter d’infléchir les politiques chinoises.

– Est-ce lié à la tenue du congrès du Parti communiste chinois?

– La véritable raison est l’absence de réponse du gouvernement chinois envers les protestations et la répression, qui alimente chaque nouvelle vague d’immolations. La situation est arrivée à une impasse. Pour le Parti communiste, c’est un problème sérieux.

– L’arrivée de nouveaux dirigeants peut-elle ouvrir le dialogue?

– Ce n’est pas impossible. Mais les autorités chinoises pourraient s’attirer de vives critiques si elles relâchaient la pression sur ce territoire, qui représente un immense intérêt stratégique pour le pays. Les autorités chinoises veulent à tout prix éviter de montrer une quelconque faiblesse. Elles espèrent amener les Tibétains à abandonner leurs velléités nationalistes en améliorant la situation économique dans la région. La réponse militaire n’est que temporaire. La véritable stratégie de la Chine est économique.

– Qu’est-ce qui pourrait mettre fin aux immolations?

– Un engagement de la part du gouvernement chinois: le remplacement de cadres locaux ou l’envoi d’une commission d’enquête. Mais le blocage de la discussion vient des deux côtés. Les autorités tibétaines en exil semblent elles-mêmes travaillées de l’intérieur. Elles souhaitent négocier avec la Chine en tant que gouvernement, ce qui est exclu pour Pékin. Elles ont demandé aux Tibétains de cesser de s’immoler, mais n’ont que peu d’influence sur ces régions qui n’étaient pas historiquement gouvernées par le Tibet [indépendant]. Si le dalaï-lama demandait lui-même l’arrêt des immolations, son appel pourrait être suivi .