Le roi Bhumibol Adulyadej, avec son épouse, la reine Sirikit, passe en revue la Garde d'honneur lors d'une parade militaire. Le fondateur des «jaunes» a promis l'arrêt de toutes les manifestations ce mercredi, deux jours avant le 81e anniversaire du très respecté souverain. bangkok, 2 décembre 2008RUNGROJ YONGRIT/keystoneSomchai Wongsawat.keystoneArnaud Dubus, BangkokQuand la décision de la cour constitutionnelle de dissoudre le Parti du pouvoir du peuple (PPP), cœur de la coalition gouvernementale, a été annoncée mardi, les milliers de militants de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) ont poussé des clameurs de joie et longuement fait retentir leurs applaudisseurs en plastique dans les deux aéroports qu'ils occupent depuis le 25 novembre. En revanche, les «chemises rouges» – les militants partisans de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra – et donc du gouvernement dirigé par son beau-frère Somchai Wongsawat, se sont promptement dispersées.

A Chiang Mai, dans le nord du pays, où il est réfugié, Somchai a accepté sa défaite. Son parti et deux formations alliées ont été reconnus coupables de fraude électorale pendant les législatives de décembre 2007 qui avaient mis fin à quinze mois de régime militaire.

Dernier soubresaut?

Avec ce verdict, le clan de Thaksin subit un revers majeur, dont il pourrait ne jamais se remettre. Non seulement le parti politique représentant les intérêts de la famille Thaksin est dissous pour la seconde fois par un tribunal, mais l'ensemble du bureau exécutif du parti est interdit d'activités politiques pour cinq ans. Le PPP dissous a déjà créé le Pheu Thai, où 216 députés épargnés par la justice ont l'intention de se regrouper pour choisir un nouveau premier ministre le 8 décembre.

Est-ce le dernier soubresaut de la longue crise politique commencée fin 2005, quand le journaliste Sondhi Limthongkul a entamé sa campagne contre Thaksin? Personne n'oserait le jurer, car Thaksin reste populaire dans une grande partie des campagnes, étant le seul premier ministre (de 2001 à 2006) qui ait réalisé des programmes concrets d'aide aux démunis.

Mais l'avantage est cette fois-ci nettement dans le camp des «chemises jaunes», les militants antigouvernementaux, qui aiment à se proclamer «royalistes» (ce qui n'a pas grand sens, tout le monde étant royaliste en Thaïlande, comme tout le monde – ou presque – est républicain en France. Confortés par leur victoire, les militants de l'Alliance ont évacué lundi le palais du gouvernement, qu'ils occupaient depuis août, et les deux aéroports de Bangkok hier. Sondhi Limthongkul a promis l'arrêt de toutes les manifestations ce mercredi matin, deux jours avant le 81e anniversaire du très respecté monarque Bhumibol Adulyadej.

Cette magnanimité de l'Alliance, qui daigne rouvrir le pays au trafic aérien international, après avoir très sérieusement affecté l'économie et l'image du royaume, va permettre la remise en opération progressive des aéroports de Suvarnabhumi (vols internationaux) et de Don Mueang (vols nationaux). Après les contrôles techniques et la certification par l'Organisation de l'aviation civile internationale, l'aéroport devrait rouvrir complètement à partir du 15 décembre. Mardi, 240000 touristes et hommes d'affaires étaient encore bloqués en Thaïlande à cause de la crise politique.

Observant à distance l'ébullition politique à Bangkok, les Thaïlandais de province regardaient avec une ironie amère les «chemises jaunes» triompher à Bangkok. Assise près de sa maison sur pilotis, une jeune habitante du village de Ban Kluay, dans la province rizicole de Suphanburi, confiait: «Nous continuons à aimer Thaksin, parce que sous son gouvernement, notre vie s'est considérablement améliorée.»