sommet Rio+20

La prudence l’a emporté jusqu’au bout

Le sommet des Nations unies sur le développement durable n’aura produit que de maigres résultats. Les chefs d’Etat et de gouvernement arrivés sur le tard n’ont pas osé relancer les négociations

L’arrivée des politiques n’a rien changé. La conférence de l’ONU sur le développement durable, qui s’est tenue à Rio entre mercredi et vendredi, s’est jouée entre hauts fonctionnaires lors de sa phase préparatoire. Annoncée depuis des années, elle a fini par accoucher d’une déclaration extrêmement prudente, pleine de principes vagues et de processus à suivre. Au vu des résultats, des chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient prévu d’assister au sommet y ont finalement renoncé, à l’instar de la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf.

Ce bilan tout en mollesse ne doit pas tromper. Les négociations ont été très dures. La conception d’un développement durable basé sur les trois piliers de la croissance économique, du progrès social et de la défense de l’environnement paraissait acquise depuis le Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio il y a vingt ans. Or, elle a été vivement contestée. Il s’en est fallu de peu que la défense de l’environnement ne passe à la trappe. Et le volet social n’a reçu qu’une attention minimale.

La lutte contre la pauvreté, en revanche, apparaît tel un mantra des centaines de fois dans la déclaration. Un tel objectif est difficilement critiquable. Mais le diable se cache dans la mise en œuvre. Ce combat est présenté comme une simple affaire d’aides financières et de grands travaux.

«Ce genre de vision repose sur une philosophie des années 1960, s’insurge Franz Perrez, chef de la division Affaires internationales à l’Office fédéral de l’environnement et, à ce titre, chef de la délégation suisse à la conférence. Nous savons aujourd’hui que le développement passe en réalité par d’autres voies, par des règles économiques adéquates, par une série de droits accordés aux gens et par une bonne gestion de l’environnement. Malheureusement, la leçon n’a pas été retenue. Des questions aussi essentielles que le droit du travail et le planning familial ont même été franchement négligées.»

Quant aux deux grands chantiers officiels de la rencontre, la gouvernance et l’économie vertes, ils affichent l’un et l’autre un bilan mitigé. En matière de gouvernance, le principal acquis est la décision de renforcer le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) en le rendant universel, ce qui signifie que tous les Etats y seront à l’avenir représentés contre quelques dizaines actuellement. La disparition de la Commission du développement durable, très critiquée, peut être également considérée comme une avancée. Mais tout dépendra, ici, de la suite. L’institution censée la remplacer, qualifiée provisoirement de «forum», doit encore être définie. Pour ceux qui rêvaient de progresser, c’est là une grande déception.

Sur le second sujet phare, la seule présence de la notion d’économie verte dans la déclaration est un succès, remporté de haute lutte. Il en va de même du plan d’action sur dix ans pour la production et la consommation durables (LT du 21.6.12). Décidé il y a dix ans à Johannesburg, il est désormais lancé. En revanche, nombre de principes importants sont mentionnés de manière floue.

Une autre ambition de la rencontre, la définition d’objectifs du développement durable, a été déçue. A ce sujet aussi, la prudence l’a emporté. Les pays en développement, qui craignent que tout engagement dans ce domaine puisse nuire un jour à leur croissance économique, ont préféré s’y opposer.

Les dirigeants politiques arrivés au moment de la conférence auraient-ils pu obtenir un résultat plus consistant? Le chef de la délégation suisse en est convaincu. «Les ministres sont plus favorables à un équilibre entre les trois piliers du développement durable que leurs négociateurs, affirme-t-il. S’ils en avaient discuté entre eux, ils auraient certainement avancé davantage sur les objectifs de développement durable et sur le forum. Mais ils n’en ont pas eu l’occasion.» Pays hôte et, à ce titre, chargé de mener les dernières négociations préliminaires au sommet, le Brésil en a décidé ainsi. Même si ses représentants nourrissaient des ambitions plus élevées dans certains domaines comme l’économie verte, ils ont craint de perdre le contrôle des opérations et de remettre en cause les acquis. Parallèlement, il s’est trouvé assez de pays sans grandes envies en matière de développement durable pour empêcher toute relance des débats. Très déçue, l’Union européenne a hésité un moment à opérer un coup de force en refusant la déclaration. Mais trop isolée, elle a préféré y renoncer.

Le dossier est maintenant transféré à d’autres. Les nombreuses intentions exprimées dans la déclaration vont être discutées à l’avenir dans d’autres enceintes, notamment à New York. Il est difficile de savoir si le léger élan imprimé à Rio+20 produira des effets ou s’il va disparaître sous le poids des préoccupations courantes. Les contacts bilatéraux que les dirigeants politiques ont pris à Rio joueront à cet égard un rôle difficile à mesurer.

La ministre suisse chargée du dossier, Doris Leuthard, a refusé de dramatiser malgré une déception évidente. «Il ne faut pas donner à ces déclarations plus d’importance qu’elles n’ont, a-t-elle commenté. Ce sont les objectifs nationaux, ceux que les pays se donnent, qui pèsent le plus en définitive sur la vie et sur l’environnement.» Rio+20 a vécu. Le développement durable continue.

L’UE a hésité à opérer un coup de force en refusant la déclaration. Mais trop isolée, elle a préféré y renoncer

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