La destitution du président Morsi est une épreuve dont Washington se serait bien passé, deux ans après la chute de Hosni Moubarak, son plus solide allié arabe. A l’issue d’une réunion avec ses conseillers pour la sécurité nationale à la Maison-Blanche, Barack Obama s’est dit «profondément inquiet» de l’évolution de la situation, avant d’appeler le pouvoir militaire égyptien «à rendre toute l’autorité rapidement et de manière responsable à un gouvernement civil démocratiquement élu selon un processus ouvert et transparent».

Circonspection critiquée

En clair, non seulement le président américain s’abstient de condamner explicitement ce coup de force mené contre le premier chef d’Etat égyptien élu démocratiquement, mais à l’instar de bon nombre de ses homologues occidentaux, il évite de parler de «coup d’Etat». Une prudence sémantique que l’administration démocrate risque de payer cher, estiment les analystes. Celui qui avait choisi Le Caire en juin 2009 pour célébrer la «réconciliation» des Etats-Unis avec le monde musulman, encourageant les populations arabes à promouvoir la démocratie dans leurs pays, s’est déjà aliéné une partie de la population égyptienne, soulignait hier la presse américaine, citant les slogans anti-américains scandés par les manifestants. Après avoir été accusé en 2011, alors que la rue égyptienne grondait contre le régime de Moubarak, de tarder à «lâcher» le raïs, Barack Obama est désormais critiqué pour sa circonspection.

Cette prudence est surtout révélatrice d’une politique étrangère jugée, par certains, trop tolérante à l’égard des Frères musulmans depuis leur arrivée au pouvoir l’an dernier. Et les déclarations de l’ambassadrice américaine au Caire Anne Patterson, alors que l’opposition au président Morsi préparait sa campagne de protestation, n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu. «Les manifestations dans la rue ne pourront produire de meilleurs résultats que des élections», avait affirmé la semaine dernière celle dont la photo, barrée d’une croix rouge sang, est aujourd’hui placardée sur les murs du Caire.

L’erreur de l’administration Obama, explique dans une tribune du Washington Post, Michele Dunne, directrice du Rafik Hariri Center for the Middle East, est d’avoir «soigneusement évité de critiquer» les actions les plus «controversées» du gouvernement Morsi, y compris la publication en novembre 2012 d’un décret plaçant le président égyptien «au-dessus de tout contrôle judiciaire». Un silence dû, «non pas à une alliance secrète avec les islamistes», mais au fait que depuis la chute de Hosni Moubarak, Washington vit dans «la peur de perdre sa coopération sécuritaire» avec Le Caire, insiste cette experte de l’Egypte.

Après avoir ordonné l’évacuation de son ambassade et recommandé à tous les ressortissants américains d’éviter de se rendre en Egypte, Barack Obama a demandé aux agences fédérales d’étudier les «implications» légales des derniers développements pour la poursuite de l’aide bilatérale. Depuis les Accords de Camp David en 1979, établissant la paix entre Israël et l’Egypte, Le Caire reçoit chaque année une aide militaire américaine de 1,3 milliard de dollars. Cette aide est toutefois conditionnée au respect de la démocratie. En cas de coup d’Etat, la loi impose aux Etats-Unis de suspendre leur assistance autre qu’humanitaire. En mars 2012, après le coup d’Etat au Mali, les autorités américaines ont ainsi suspendu leur versement de 70 millions de dollars d’aide économique et militaire.

«Les chefs militaires égyptiens affirment ne pas avoir l’intention, ni le désir de gouverner, et j’espère qu’ils tiendront leurs promesses», a prévenu le sénateur démocrate Patrick Leahy, qui préside la sous-commission parlementaire chargée du contrôle de l’aide américaine à l’étranger, et a convoqué une réunion de travail sur le sujet le 16 juillet prochain.