Branle-bas de combat médiatique lundi vers midi à la Maison de l'Amérique latine, à Paris. Une moitié de salle composée de célébrités politiques et culturelles franco-européennes. Une autre moitié composée de journalistes venus assister à ce meeting politico-mondain organisé par Jack Lang. Entre les deux, une rangée compacte de caméras de télévision.

Le Parti socialiste a présenté lundi son comité de soutien à la ratification du Traité constitutionnel européen, présidé par Jacques Delors. D'Alain Decaux à Bernard-Henri Lévy, de Sylviane Agacinski-Jospin à Régine Deforges, de Philippe Sollers à Jean Daniel, que du beau monde. Pas sûr que la liste des membres de ce comité de soutien soit de nature à mobiliser les chômeurs des régions défavorisées mais, en présence de quelques caciques du PS, on y sentait l'ambiance réconfortante d'une famille unie et fervente.

Allusions aux opposants

Il y avait cependant peu d'efforts à faire pour déceler quelques grincements. Dans les propos de Jack Lang et de François Hollande, des allusions discrètes aux opposants socialistes qui continuent de faire campagne pour le non. Et surtout dans le discours de Jorge Semprun, ancien ministre de la Culture d'un gouvernement de gauche espagnol, qui semblait avoir été chargé, ou s'être chargé lui-même, de s'en prendre à l'attitude de Laurent Fabius, le numéro deux du PS, qui joue avec la discipline de son parti jusqu'au journal télévisé de France 2 où il était invité la semaine dernière.

«L'autre jour, a dit Jorge Semprun, lorsque le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, parlait devant l'Assemblée nationale française, Laurent Fabius lisait ostensiblement un livre d'art, et il a quitté l'hémicycle pendant son discours. C'est peut-être la raison pour laquelle Jack Lang m'a invité à parler ici.» Et il a ajouté, plus politiquement: «C'est étonnant que Laurent Fabius oublie ce qu'il a dit pour appuyer le Traité de Maastricht. Qu'est-ce qui a changé à part l'ambition politicienne? Il n'y a plus, il est vrai, de monarque républicain pour mettre la paix dans le parti. Le oui et le non vont se décider à gauche. La pire hypothèse, c'est la victoire du non à cause de certains socialistes.» Curieux spectacle que celui de ce socialiste hors cadre disant tout haut ce que beaucoup de membres du PS pensent tout bas.

Une heure plus tôt lors d'un point de presse, la porte-parole du PS évoquait le Bureau national qui se réunit aujourd'hui en fin d'après-midi et doit prendre d'éventuelles sanctions contre les dirigeants socialistes qui défient leur propre parti. Elle a parlé de «rassembler», «de faire campagne dans l'unité des militants pour l'écrasante majorité desquels le débat interne est dépassé», un peu du député Marc Dolez et du sénateur Jean-Luc Mélenchon qui s'affichent aux meetings du non («il faut qu'ils prennent conscience de l'effet désastreux de leur action»)… De Laurent Fabius, pas un mot.

Les sondages soufflent en faveur des partisans du non. Une enquête de l'institut Ipsos publiée lundi dans Le Figaro leur donne 52% et confirme celle du CSA pour Le Parisien de la semaine dernière (51%). Ces deux enquêtes montrent que le nombre des indécis reste situé autour de 50%, mais que ces derniers se portent vers le non plus souvent que vers le oui lorsqu'ils font un choix définitif.

Les dirigeants du PS tentent de minimiser leurs divisions en les réduisant à quelques initiatives personnelles tout en épargnant le numéro deux du parti. Ils sont soucieux de préserver l'avenir et les retrouvailles après le référendum du 29 mai. «On ne va pas renvoyer la décision de semaine en semaine», a cependant expliqué la porte-parole du PS. C'est donc pour ce soir. Mais en l'entendant préciser que «l'essentiel, c'est de donner envie de faire campagne et envie de voter pour l'Europe», on comprend que le PS s'efforcera le plus longtemps possible d'éviter de parler de crise interne en prétendant que c'est un sujet secondaire par rapport à l'enjeu européen. Si les sondages continuent de montrer que le non de gauche progresse, il lui faudra peut-être changer d'avis.