Le Parti socialiste français a bien de la peine à s’extirper de son passé. Dimanche, en clôture du congrès d’Aubervilliers qui a confirmé son élection au poste de premier secrétaire, le député de Seine-et-Marne Olivier Faure a, bien sûr, promis d’œuvrer à la «renaissance» de sa formation. Une plateforme en ligne sera aussi, a-t-il promis, prochainement mise en place pour une «grande consultation citoyenne», au-delà des quelque 40 000 adhérents (contre plus de 120 000 en 2012) afin de faire émerger «des idées nouvelles».

Mais sur l’actualité politique et sociale, rien de nouveau. S’il dénonce les «provocations du gouvernement» dans le conflit social à la SNCF, le PS reste loin de la position de soutien total aux grévistes de La France insoumise, le mouvement de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon.

Le poids des absents

L’étau de l’histoire récente se faisait d’ailleurs sentir à Aubervilliers. Dans les travées, le premier et le dernier chef du gouvernement du quinquennat Hollande, Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve, tous deux retraités de la politique active, sont presque passés inaperçus. Trois absents, au contraire, en disaient long sur les défis de ce Parti socialiste qui ne compte plus qu’une trentaine de députés, contre 280 en 2012.

Le premier, sans surprise, était l’ancien président François Hollande, qui s’apprête à publier ce mercredi 11 avril les mémoires de son quinquennat intitulées Les leçons du pouvoir. Le second? L’ancien candidat à la présidentielle, vainqueur de la primaire, Benoît Hamon. Lequel tente toujours d’exister via son mouvement Génération(s), malgré la claque des 6,35% au premier tour de la course à l’Elysée. Troisième absent enfin: l’ancien premier ministre Manuel Valls, désormais rallié à la majorité présidentielle, honni au sein du PS pour avoir nommé Emmanuel Macron ministre de l’Economie en août 2014, et lui avoir offert un formidable tremplin présidentiel.

Ce ne sont pas des accords d’appareil qui feront la gauche, mais la construction de projets avec les citoyens

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste

Comment se réinventer dans ces conditions, alors que la social-démocratie est partout en crise dans les pays de l’Union européenne? Pour l’heure, Olivier Faure a choisi d’avancer très prudemment. Pas question, d’abord, de s’engager vers une sorte de programme commun avec La France insoumise. «Ce ne sont pas des accords d’appareil qui feront la gauche, mais la construction de projets avec les citoyens», a-t-il expliqué évasivement dans son discours, refusant d’entendre tous ceux, notamment du côté des jeunes socialistes dragués par le mouvement de Benoît Hamon et séduits par Jean-Luc Mélenchon, qui voient dans l’actuel conflit social une chance de réexister.

Eviter de nouvelles divisions

L’objectif, non dit mais assumé en coulisses, est d’attendre de voir comment va se dérouler le conflit à la SNCF. La deuxième séquence de la grève (prévue jusqu’en juin) a commencé samedi soir et dure jusqu’à ce lundi soir. Emmanuel Macron interviendra à la télévision jeudi à la mi journée, en direct d'une école de l'Orne. Plusieurs dirigeants du parti, réélus à l’Assemblée nationale grâce à l’absence de candidat macroniste face à eux, jugent que le PS a tout à perdre dans un positionnement trop frontal aux côtés de la CGT. «Notre ligne doit être la défense du service public au-delà du rail, a confirmé au Temps un proche d’Olivier Faure. C’est là-dessus qu’il nous faut prendre position et être entendus.»

L’autre priorité est interne. Le parti n’aura bientôt plus de siège, après la vente de son QG parisien de la rue de Solférino pour 45 millions d’euros. Sa dotation publique, au prorata de ses élus, va être considérablement diminuée. Et deux élections s’annoncent: les européennes de mai 2019 à la proportionnelle, puis les municipales de 2020, cruciales pour un parti qui contrôle plusieurs métropoles (Paris, Lille, Nantes, Rennes, Dijon…). Eviter de nouvelles divisions est, dès lors, le premier impératif pour ces socialistes français déboussolés.