Nicolas Sarkozy a remporté le premier test électoral de la crise. Avec plus de 28% des voix, selon les projections diffusées dimanche soir, son parti, l’UMP, termine loin devant ses principaux opposants. Le Parti socialiste subit en revanche une déroute, autour de 17% des voix. François Bayrou, héraut de l’antisarkozysme, enregistre une contre-performance brutale avec environ 9% des intentions de vote. L’autre grand gagnant du scrutin est la liste Europe écologie, emmenée par Daniel Cohn-Bendit et José Bové, qui atteint un score presque inespéré avec 15% des voix.

Le scénario idéal envisagé par l’Elysée s’est donc matérialisé. L’UMP dépasse confortablement son objectif minimal de 25%. Les adversaires les plus virulents de Nicolas Sarkozy n’ont pas mobilisé – l’abstention a même atteint un nouveau record, à 60%.

La situation est particulièrement critique pour la première secrétaire du PS, Martine Aubry. Un score inférieur à 20% était considéré comme préoccupant avant le scrutin. Or son parti est bien au-dessous de cet étiage. Par rapport à son score de 2004, le PS perd plus de 10 points. Les écologistes ne sont qu’à un souffle de lui au niveau national et le dépassent dans certaines régions – une situation jamais vue.

Martine Aubry fragilisée

Les critiques risquent de pleuvoir dès ce lundi contre la direction socialiste. Les partisans de Ségolène Royal, notamment, estiment que le PS a manqué d’ambition en ne visant pas la première place dans ce scrutin, d’habitude favorable à l’opposition. Pour les socialistes, à peine remis de leurs luttes fratricides pour le contrôle du parti en novembre dernier, une nouvelle période de désarroi s’ouvre. Les traits tirés, Martine Aubry a déclaré dimanche soir: «Je crois que nous ne sommes pas encore crédibles.» Enfermé dans son bureau, François Bayrou n’avait pas encore réagi à ces résultats à l’heure où nous mettions sous presse. Mais les mines fermées de ses lieutenants en disaient long sur l’ampleur de son échec.

Parmi les déçus du scrutin figure aussi Olivier Besancenot, qui ne s’est pas imposé à gauche de la gauche. Avec 5% des voix, il est devancé par le Front de gauche, alliance entre ses rivaux communistes et l’ancien trublion socialiste Jean-Luc Mélenchon, qui obtient 6,8%.

La victoire de la droite est pourtant en demi-teinte. Le vote anti-Sarkozy, du centre à l’extrême gauche, dépasse 60% des voix. Les partis de la droite populiste et nationaliste réalisent des scores modestes, très en retrait de leurs homologues néerlandais ou autrichiens: 6 à 7% pour le Front national, autour de 5% pour la liste Libertas emmenée par Philippe de Villiers. Il n’y a pas là de quoi bâtir une future majorité aux prochaines élections à deux tours, régionales de 2010 ou présidentielle de 2012. A moins que le manque de cohésion et l’inconstance de ses opposants ne permettent, une nouvelle fois, à Nicolas Sarkozy de tirer son épingle du jeu.