Trois mois après l'échec des élections législatives, et quatre mois après celui de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, le Parti socialiste est réuni depuis vendredi et jusqu'à dimanche, à La Rochelle, pour sa dixième Université d'été. Elle ne ressemblera pas aux précédentes. Le leader incontesté du PS a tiré sa révérence. Les certitudes sur le bon bilan du gouvernement de la gauche plurielle sont brisées. Les querelles internes qui ont précédé cette rencontre peuvent faire craindre un règlement de comptes entre dirigeants devant quelque 1500 militants, dont plusieurs centaines de nouveaux membres. Et le souvenir des cafouillages qui ont suivi les élections législatives de juin dernier, avec la levée de boucliers provoquée par la nomination avortée de Laurent Fabius au poste de porte-parole du parti, n'est pas oublié.

Vedette contestée de la première journée, Marie-Noëlle Lienemann, qui vient de publier Ma part d'inventaire, un livre considéré un peu rapidement comme un «brûlot anti-Jospin» parce qu'elle y écrit que l'ancien premier ministre était «un peu court pour être président». Si Marie-Noëlle Lienemann s'en prend à la stratégie électorale du candidat socialiste, à son isolement, et à son manque de contact avec les citoyens, ses principales attaques sont dirigées contre Laurent Fabius et contre la dérive libérale qui aurait coupé le PS de ses bases sociales.

Malgré les polémiques et les condamnations qui ont suivi la publication des extraits de son livre, il semble bien que ses propos recoupent le sentiment de beaucoup de militants. Un sondage publié par Le Monde montre le décalage qui existe entre les dirigeants socialistes et les électeurs de gauche. Ainsi, Laurent Fabius est considéré comme le plus représentatif de la gauche française par 23% des personnes interrogées, alors qu'il ne l'est que par 19% de celles qui se déclarent de gauche (dans cette population, il est devancé par Martine Aubry, 26%). Parmi les sympathisants du PS, Laurent Fabius n'obtient que 24%, derrière Martine Aubry, François Hollande (30%) et Dominique Strauss-Kahn (26%).

Après le choc du 21 avril, le mot le plus utilisé à gauche a été celui de «reconstruction». Le projet d'une grande formation unique de gauche semble pour l'instant écarté en raison du refus des anciens partenaires du PS, les Verts et le Parti communiste. Les partisans d'un «virage à gauche» parlent fort, mais sont encore minoritaires. Ceux de Laurent Fabius et l'ancien ministre des Finances lui-même multiplient les déclarations pour récuser leur réputation de libéraux, mais ils n'ont pas encore réussi à convaincre. Arnaud Montebourg rêve d'une VIe République. Ils sont tous à La Rochelle, où François Hollande, le secrétaire national du PS, aura beaucoup de travail pour éviter que ces désaccords, qu'il considère comme artificiels, ne conduisent à l'explosion huit mois avant le congrès du PS qui aura lieu à Dijon en mai prochain.