A compter du 1er juillet, tous les ordinateurs vendus en Chine seront équipés d’un logiciel de contrôle. L’objectif officiel est de lutter contre la pornographie en construisant sur la Toile «un environnement harmonieux, sain et vert», permettant de «lutter contre les mauvaises influences» susceptibles d’«empoisonner les adolescents». La société Jinhui Computer System Engineering, collaborateur du gouvernement et de l’armée, a mis au point le logiciel: «Les consommateurs seront libres de l’installer ou pas, a expliqué son PDG à l’AFP, ce n’est pas très différent de ce qui existe aux Etats-Unis.»

En Chine, pays de la censure politique, l’innovation pourrait avoir d’autres implications. Des internautes y voient une manœuvre supplémentaire pour restreindre leur espace de liberté. Le «grand pare-feu», installé en 2003 par la cyberpolice, est devenu une passoire pour les 300 millions d’utilisateurs chinois, et Internet le lieu de tous les débats. Avec la nouvelle directive, la censure peut s’opérer à la source et devenir imparable: «Qui décide qu’une information est bonne ou mauvaise? interroge le célèbre blogueur chinois Tiger Temple. On se doute bien que ce n’est pas seulement la pornographie. Les autorités n’ont plus aucun scrupule pour mettre fin à toute contradiction.» Liu Xiaoyuan, blogueur et avocat, s’inquiète: «Beaucoup de citoyens pourraient redouter que cette nouvelle norme, imposée sans passer par la voie législative, mette en danger leur liberté d’expression, notamment sur les sujets sensibles pour le gouvernement.»

«Barrage vert»

La directive du Ministère de l’industrie et de l’informatique est disponible sur le site officiel depuis mardi. Selon le journal économique Caijing, le nouveau logiciel baptisé «Barrage vert et compagnon de la jeunesse» est capable de filtrer «les mauvaises informations», contrôler la durée de connexion et retracer l’historique des sites consultés. Ce «barrage vert», qui ne concerne que les PC, pourrait devenir un standard national et son application au téléphone mobile est en cours d’étude. 53 millions d’ordinateurs de marques chinoises ont déjà été équipés du logiciel offert par le gouvernement pendant un an.

Pour Ed Black, président de l’organisation américaine Computer and Communications, il s’agit «clairement d’une escalade dans la tentative de limiter l’accès à Internet. C’est obliger tout le monde à être complice et à participer à la censure.» Jusqu’à présent, les opérateurs étaient volontaires. Google, Yahoo!, Skype et Microsoft, dont les logiciels équipent 90% des ordinateurs dans le monde, sont régulièrement mis à l’index pour leur collaboration à la censure chinoise. Microsoft a exprimé hier dans un communiqué son attachement «à la vie privée et à la liberté d’expression».