«Seul Dieu peut empêcher mon retour.» De conférences de presse en interviews, Manuel Zelaya, le président du Honduras démis par le coup d’Etat du 28 juin dernier, ne cesse de clamer qu’il est attendu par son peuple. Il y a quelques jours, il avait annoncé que la «guerre civile avait déjà commencé» au Honduras. Il a mis depuis un peu d’eau dans son vin. Ce vendredi, promet-il, il se rendra au nord du Nicaragua à la frontière hondurienne, «sans armes et pacifiquement». Mais il n’est pas encore dit qu’il sera autorisé à remettre un pied dans son pays: expulsé le jour de sa déposition, son unique tentative d’atterrir à l’aéroport de Tegucigalpa, une semaine plus tard, avait été déjouée par l’armée hondurienne.

Le retour du chef d’Etat déchu constitue pourtant le «point clé» de la médiation conduite par Oscar Arias, le président du Costa Rica, au nom de l’Organisation des Etats américains (OEA). Récompensé du Prix Nobel de la paix 1987 pour avoir aidé à pacifier l’Amérique centrale tourmentée des années 1980, ce dernier peine à établir le contact entre Manuel Zelaya et Roberto Micheletti, son successeur désigné après le coup d’Etat.

Présidentielle de novembre

Une troisième mouture de son plan, dit «accord de San José» (la capitale du Costa Rica), a encore achoppé mercredi. Outre la réinstallation sans délai de Manuel Zelaya dans ses fonctions, elle pose le principe d’une amnistie pour tous les «crimes politiques» liés au coup d’Etat et la mise sur pied d’une commission vérité. Elle prévoit aussi d’avancer d’un mois l’élection présidentielle prévue pour novembre. Un gouvernement d’union nationale serait constitué d’ici là.

C’est précisément cette échéance électorale qui avait précipité le coup d’Etat: libéral bon teint élu fin 2005 sur un programme conservateur avant de se convertir à une politique bolivarienne, Manuel Zelaya envisageait de faire sauter le verrou constitutionnel limitant l’exercice présidentiel à un mandat. En faisant dérailler ce dessein par la force, bien que sans effusion de sang, la puissante oligarchie conservatrice et l’armée se sont aliéné l’ensemble de la communauté internationale. Si cette dernière réclame aujour­d’hui le retour de Manuel Zelaya à son poste, ce n’est pas tant en vertu de ses qualités que parce qu’elle ne souhaite en aucun cas voir s’ouvrir une brèche dans la consolidation si chèrement acquise des institutions démocratiques sur le continent.

«Il y a un consensus général de tous les pays d’Amérique latine, du Venezuela à la Colombie pour ne pas laisser s’installer une impunité de fait», explique ainsi Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Mais jusque-là, le clan Micheletti a toujours refusé avec la plus grande énergie le rétablissement de Manuel Zelaya à son poste jusqu’à la fin de son mandat.

Le bras de fer des putschistes avec la communauté internationale semble pourtant intenable à long terme. Lundi, l’Union européenne a annoncé qu’elle gelait 65,5 millions d’euros (99 millions de francs) d’aide budgétaire à ce pays de 7,5 millions d’habitants, l’un des trois plus pauvres d’Amérique latine. Les Etats-Unis, alignés sur les positions de l’OEA dans cette crise, menacent d’en faire autant. Et le Venezuela, objet de toutes les provocations du gouvernement de facto, a suspendu son approvisionnement en pétrole. «Bientôt, le Honduras aura épuisé ses réserves en carburant. Sans aide économique et financière extérieure, sa capacité de résistance est limitée dans le temps, affirme Jean-Jacques Kourliandsky. A un moment ou un autre, une forme de compromis sera trouvée.»