Asie

Pyongyang célèbre en grande pompe l’anniversaire de sa «victoire»

Plus d’un million de personnes ont été mobilisées pour assister au défilé populaire de Pyongyang, en Corée du nord. Samedi, l’on y fêtait le soixantième anniversaire de la fin des combats avec le voisin du sud. Une importante délégation syrienne y a assisté

La Corée du Nord a transformé le soixantième anniversaire de la fin des hostilités dans la péninsule coréenne, le 27 juillet 1953, en une démonstration de ralliement populaire autour de Kim Jong-un. Le défilé, avec son cortège d’unités marchant au pas de l’oie et de batteries de missiles, s’est clôturé sur des vagues de civils brandissant des fleurs en papier rose et rouge criant «Manzé, Manzé» («dix mille vies») en passant devant la tribune de la place Kim Il-sung depuis laquelle le petit-fils et héritier du fondateur du pays assistait à la parade.

Cette foule de plus d’un million de personnes – un tiers de la population de Pyongyang –, émue aux larmes pour certains, avait été mobilisée pour rendre hommage aux centaines de vétérans de la guerre, frêles silhouettes revêtues d’uniformes couleur anis et bardées de médailles jusqu’à la ceinture, mais aussi pour démontrer l’adhésion de la population à Kim Jong-un. Une mobilisation qui rappelle les grandes heures de Kim Il-sung (mort en 1994), fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

«Victoire totale contre les Etats-Unis»

La liesse marquant l’anniversaire, commémoré beaucoup plus sobrement à Séoul, vise à souligner que la RPDC célèbre non pas un armistice mais «la victoire totale du juste combat contre les Etats-Unis qui ont subi une défaite militaire, politique et morale». Cette guerre (1950-1953) déclenchée le 25 juin 1950 lorsque les troupes nordistes franchirent la ligne de démarcation séparant les deux Corées sur le 38e parallèle – «en riposte à des agressions répétées», affirme Pyongyang – s’est soldée par deux millions à quatre millions de morts, selon les estimations, et un retour aux positions territoriales des uns et des autres lorsqu’elle commença.

Rejetant l’interprétation nord-coréenne de l’histoire, les pays de l’Union européenne représentés à Pyongyang – dont certains ont pris part à la guerre aux côtés des Etats-Unis sous le drapeau des Nations unies – n’ont pas participé aux cérémonies. En revanche, une importante délégation syrienne était en ville.

Pour Pyongyang, le présent est la poursuite de la lutte pour l’indépendance entamée en Mandchourie par les partisans sous le commandement de Kim Il-sung, pendant la période coloniale japonaise (1910-1945). Et le grand ennemi reste les Etats-Unis: lors de l’inauguration par Kim Jong-un du nouveau cimetière des morts pour la patrie, les familles des disparus ont exprimé leur hostilité à l’encontre de l’«agresseur» qui sera «réduit en cendres» s’il s’aventurait à attaquer à nouveau.

Sommets d’extravagance

La «victoire» de 1953 est aussi cette année le thème du festival Arirang – nom d’une célèbre chanson folklorique, populaire aussi au Sud, sur la douleur d’amants désunis et la nostalgie du pays natal, qui fut aussi un hymne à la résistance à la colonisation japonaise.

Grand-messe annuelle du régime et sans doute la plus spectaculaire mobilisation de masse de la planète, le festival a été avancé pour coïncider avec les cérémonies de la «victoire» et dure jusqu’en septembre. Cette «superproduction» du régime qui atteint par son ampleur des sommets dans l’extravagance, mobilisant des dizaines de milliers de participants, se veut depuis son instauration en 2002 le spectacle-miroir du pays. Sur un gigantesque «écran» qui occupe un quart du stade se succèdent, scandés par les claquements des panneaux manipulés avec une dextérité foudroyante par 18 000 bambins, des scènes contant l’épopée nationale. Le tableau final de cette mosaïque humaine fut un soldat sonnant le clairon de la victoire avec la date «27/7». Derrière l’étonnant spectacle et la liesse de mise se cachent les durs efforts exigés des participants éreintés par des mois d’entraînement.

Le festival a été marqué par une référence appuyée – ce qui est rarement le cas – à l’intervention des «volontaires» chinois dans la guerre. «Le parti et le peuple coréens n’oublieront jamais l’exploit des combattants chinois», a déclaré Kim Jong-nam, président de l’assemblée suprême.

A la tribune figurait, aux côtés de Kim Jong-un, le chef de la délégation chinoise, le vice-président Li Yuanchao. La présence d’une personnalité aussi importante a été interprétée comme un signe de réchauffement entre la Chine et la RPDC: quelle que soit l’irritation suscitée à Pékin par le troisième essai nucléaire nord-coréen en février, «la Chine ne change pas fondamentalement sa politique à l’égard de Pyongyang», note un observateur chinois.

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