La Corée du Nord a annoncé jeudi qu'elle ne s'estimait plus liée par un moratoire qu'elle avait elle-même décrété sur ses essais de missiles à longue portée et a une nouvelle fois justifié le développement de sa force de frappe nucléaire par la politique «hostile» des Etats-Unis.

Le moratoire avait été annoncé en septembre 1999, à l'époque où existait un dialogue entre Pyongyang et Washington mais ce dialogue a été «totalement» suspendu quand le président américain George Bush a pris le pouvoir en 2001, relève un mémorandum du Ministère des affaires étrangères diffusé par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, reçue à Séoul. «En conséquence, nous ne sommes plus liés par le moratoire sur les lancements de missiles pour le moment. Comme tout le monde le sait, la politique hostile des Etats-Unis envers (la Corée du Nord) l'oblige à renforcer son arsenal nucléaire défensif», ajoute-t-il.

Tir au-dessus du Japon

Le moratoire avait été décrété un an après l'essai au-dessus du Japon d'un missile Taepodong-1 d'une portée de 2500 kilomètres et qui avait suscité de vives craintes à Tokyo et en Asie sur le renforcement des capacités militaires du régime stalinien. Cet essai avait poussé Tokyo à chercher à se doter de ses propres défenses antimissile.

La Corée du Nord n'est liée par «aucun traité international ou loi en ce qui concerne la question des missiles», explique le ministère dans un mémorandum de 5000 mots expliquant pourquoi le régime communiste renonce à participer à des négociations multilatérales.

Le mémorandum intervient au moment où s'accentuent les efforts de la communauté internationale pour tenter de faire revenir Pyongyang à la table des négociations sur ses programmes nucléaires. Le régime stalinien, qui a revendiqué une nouvelle fois le mois dernier posséder l'arme atomique, refuse depuis l'automne dernier de prendre de nouveau part aux pourparlers réunissant les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie.

Le directeur de la CIA, Porter Goss, avait déclaré le mois dernier que la Corée du Nord pourrait reprendre, à tout moment, des essais de missiles de longue portée «capables d'atteindre les Etats-Unis».

Les services de renseignement sud-coréens estiment que la Corée du Nord travaille à la mise au point de moteurs capables de propulser ses missiles Taepodong-2 sur une portée de 6700 km mais qu'elle n'a pas la technologie lui permettant de lancer des têtes nucléaires.

Les nouvelles déclarations de Pyongyang, habitué de propos tout aussi tonitruants que contradictoires, ont été minimisées à Tokyo, qui y a plus vu un outil «contre-productif» de négociation.

Le même jour, la Corée du Nord faisait savoir qu'elle était prête à «aller aux discussions à tout moment» si les Etats-Unis «s'excusaient» pour l'avoir associée à «l'axe du mal» et qualifiée d'«avant-poste de la tyrannie».

Cette demande a aussitôt reçu une fin de non recevoir de Washington. «Nous serons prêts à aborder toutes les questions mais à la table des négociations», a répondu jeudi l'ambassadeur américain à Séoul, Christopher Hill, négociateur en chef du dossier.