La presse internationale, sauf les journaux chinois, condamne les bombardements nord-coréens sur l’île voisine du Sud (lire LT du 24.11.2010), qui font planer une lourde menace sur cette région du monde à l’équilibre fragile.

La Corée du Nord a tiré mardi des dizaines d’obus sur l’île sud-coréenne de Yeonpyeong, tuant deux soldats et déclenchant des tirs de riposte des forces de Séoul. Tout cela provoque un tollé international. Car ces affrontements, qui sont parmi les plus graves depuis la guerre de Corée (1950-1953), ont ravivé les tensions dans la péninsule juste après la révélation d’un nouveau programme d’enrichissement d’uranium mené par Pyongyang.

Les journaux sud-coréens accusaient ainsi mercredi le Nord de «crime de guerre» dans ce coin du globe considéré comme «le plus dangereux du monde», rappelle le Washington Post. «La Corée du Nord nous met le couteau sous la gorge. Nous devons riposter immédiatement aux attaques […], de façon ferme et précise.» Face à l’attaque, «une attitude déterminée est nécessaire, qui vise à causer à l’ennemi des dommages encore plus grands que ceux qu’il nous a infligés», écrit le Chosun Ilbo, l’un des principaux quotidiens sud-coréens. Son confrère le Dong-A Ilbo considère quant à lui que la «matraque est l’unique remède contre un chien fou». «Une ou deux fois par an, la Corée du Nord cherche et trouve une manière de faire parler d’elle», confirme – en filant la métaphore canine – le journal canadien Le Droit, repris par le portail Cyberpresse: «Elle est comme un chien entraîné à japper: il faut attendre que ça lui passe…» Ce sont des «avertissements» qu’elle lance, précise La Repubblica.

Toujours à Séoul, pour le Joong­Ang Ilbo, qui évoque une «attaque aveugle», «la péninsule coréenne est en feu». «Nous ne pourrons jamais tolérer une attaque contre des civils», avertit-il: «Ces agressions ne faibliront jamais. Les responsables nord-coréens ont fait la démonstration de leur brutalité et de leur absence de conscience», juge le journal. D’ailleurs, «les corps de deux civils ont été découverts mercredi sur l’île», rapporte la chaîne de télévision YTN.

Pour le quotidien en langue anglaise JoongAng Daily , la provocation «va au-delà de l’imaginable. Avec les souvenirs de la guerre de Corée encore frais dans nos mémoires, cette agression confirme à nouveau la triste réalité qu’une telle tragédie peut se répéter à tout moment.» Et de prévenir: «Nous avertissons solennellement le Nord que, s’il préfère continuer à jouer avec le feu, il finira tôt ou tard à périr par le feu qu’il a lui-même déclenché.» C’est, comme l’écrit la Süddeutsche Zeitung, «la crainte d’une nouvelle guerre», que Moscou considérerait comme désastreuse, selon l’agence russe RIA Novosti.

Le journal de langue anglaise Korea Times souligne de son côté qu’il s’agit de la première attaque contre des civils depuis l’attentat en 1987 contre un Boeing de la Korean Airlines qui avait tué les 115 personnes à bord et été attribué à la Corée du Nord. Elle «semble s’inscrire dans la stratégie visant à consolider l’emprise des dirigeants nord-coréens sur leur pays afin de réussir l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un», le plus jeune fils du dirigeant Kim Jong-il, qui fait des débuts pour le moins «crispés» aux yeux d’El País. «Séoul doit se préparer à d’autres actes de provocation du Nord», craint-il. Il faut donc «stopper cet Etat voyou», martèle le Financial Times. Ce voyou qui tire sur une île «hautement stratégique», explique en détail la Neue Zürcher Zeitung.

Autre son de cloche dans les médias chinois, aussi isolés que le gouvernement de Pékin. Tous évitent soigneusement d’accuser Pyongyang. «La Corée du Nord a montré sa fermeté pendant l’escarmouche», assure le Global Times dans un éditorial qui critique «l’échec de la politique dure» de l’actuel gouvernement sud-coréen vis-à-vis du Nord. Le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste, met en exergue les allégations de Pyongyang selon lesquelles Séoul s’est mis à bombarder le territoire du Nord, évoquant «une dangereuse provocation militaire». Le China Daily reprend lui aussi la version officielle nord-coréenne, qui «accuse la Corée du Sud d’avoir tiré en premier». La télévision centrale CCTV diffuse des extraits d’images de la télévision nord-coréenne accusant la Corée du Sud d’avoir été à l’origine des tirs et la menaçant de représailles. Quant à l’agence officielle Chine nouvelle, elle prend elle aussi quelque distance en évoquant le «supposé» échange de tirs entre Nord et Sud-coréens. Et, pendant ce temps, l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA parle de la visite du président Kim Jong-il dans une université…