Des intellectuels arabes ont lancé un appel pour dénoncer la tenue d'un congrès négationniste qui doit avoir lieu du 31 mars au 3 avril à Beyrouth. Tous se disent «indignés par cette entreprise antisémite» et se refusent à ce que la cause palestinienne soit manipulée et salie par les négationnistes. Cette réunion, dont quatorze intellectuels arabes ont demandé l'interdiction, est organisée à la fois par un groupe révisionniste américain et par l'Association suisse «Vérité et justice».

C'est Jürgen Graf, en cavale depuis plusieurs mois, qui préside «Vérité et justice». Pour ses écrits antisémites et révisionnistes, il devait purger 15 mois de prison ferme, mais en octobre dernier, il s'est enfui de Suisse pour se réfugier en Iran. Il est sous le coup de mandats d'arrêt internationaux.

Parmi les signatures de l'appel qui demande l'interdiction de la réunion négationniste, se trouvent notamment deux membres importants de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Elias Sanbar et Mahmoud Darwich. A leurs côtés, cinq écrivains libanais, dont Elias Khoury et le poète Adonis. En revanche, aucun intellectuel égyptien n'a signé l'appel.

Dans les colonnes du quotidien Le Monde, Elie Barnavie, l'ambassadeur israélien en poste à Paris, a exprimé sa «gratitude» envers les signataires: «Par ce geste, ils ont affirmé au-delà de l'adversité présente (entre Israéliens et Palestiniens), l'inéluctabilité de notre réconciliation future. Ils ont simplement redit notre commune humanité»… «Ce geste est d'autant plus significatif que les relations israélo-palestiniennes traversent une phase particulièrement difficile, où la violence, le ressentiment et l'amertume étouffent l'espoir fugace né d'un «processus de paix», bien mal en point».

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a envoyé une note diplomatique pour se distancier des écrits du groupe «Vérité et réconciliation», affirmant notamment qu'elle «ne représentait ni les opinions de la Confédération, ni celle de l'immense majorité des citoyens suisses».

Le gouvernement libanais pour sa part est divisé sur l'opportunité d'autoriser cette réunion. A l'ambassade du Liban à Berne, l'ambassadeur n'était pas «disponible» jeudi pour s'exprimer sur le sujet.

Selon le journal de Beyrouth, L'Orient-le-jour, le gouvernement libanais redoute de perdre une aide américaine de 25 millions de francs s'il persiste à vouloir permettre cette manifestation. Diverses organisations juives, dont le Congrès juif européen ainsi que le Centre Simon Wiesenthal ont également appelé à l'interdiction de cette réunion où est prévue l'intervention des figures de proue du révisionnisme, dont Roger Garaudy, Robert Faurisson, Henri Roques, auteur d'une thèse révoquée par l'Université de Nantes.

Pour l'heure, le gouvernement libanais a décidé de surseoir à toute décision.