Voix douces, regards de chiens battus, gestes disciplinés: lundi, les six islamistes français, dont le procès a débuté au Palais de justice de Paris, se sont posés en victimes d'une terrible erreur judiciaire. Accusés de participation à une organisation terroriste, ils ont connu de l'intérieur la prison qui symbolise les abus de la guerre américaine contre Al-Qaida: le camp X-Ray de Guantanamo, à Cuba.

Ce procès s'ouvre au moment où le centre de détention, qui échappe au droit commun américain et aux Conventions de Genève, est de plus en plus critiqué sur la scène internationale. Aux Etats-Unis, la Cour suprême vient de déclarer illégaux les tribunaux militaires d'exception mis en place pour juger ceux qui y sont détenus (LT du 30.06.2006).

«Quatre ans à Guantanamo, c'est l'équivalent de quinze ans en France», a affirmé l'un des accusés, Khaled ben Mustapha. Comme quatre autres prévenus, il comparaît libre. Face à lui, le président du tribunal semble compréhensif: «C'est clair, ça n'avait rien à voir avec les conditions de détention dans les prisons françaises.»

En France, Khaled ben Mustapha était vendeur de fruits, puis d'antennes de télévision. Il est parti «vivre sa foi» en Afghanistan et, lorsque le régime des talibans s'est effondré, il a tenté de fuir. Il aurait ensuite été vendu par des Afghans aux forces américaines, pour quelques milliers d'euros, et a été transféré à Guantanamo en décembre 2001. Malgré ses protestations d'innocence, il n'en est pas ressorti avant mars 2005, lorsqu'il a été rapatrié en France.

Que s'est-il passé entre ces deux dates? Le procès organisé à Paris devrait permettre de mieux cerner les méthodes utilisées par les geôliers du camp américain pour faire «craquer» les suspects capturés en Afghanistan. «Il n'y a pas eu d'atteintes physiques, mais une addition d'éléments comme les privations de sommeil, les interrogatoires à toute heure, l'enfermement dans des cages très étroites, un système de récompense pour ne pas être maltraité», explique l'avocate Claire Chaillou en précisant que l'état psychologique des prévenus n'est aujourd'hui «pas bon du tout».

Avant leur procès, les anciens détenus français de Guantanamo se sont plaints d'avoir été suspendus par les mains ou d'avoir assisté aux interrogatoires d'autres prisonniers par des femmes à demi-nues, une méthode censée mettre au supplice les islamistes radicaux. D'autres ont attrapé d'inquiétants furoncles après avoir ingéré des médicaments administrés par le personnel soignant de la prison.

Les islamistes français méritaient-ils pareil traitement? Selon l'accusation, les six hommes ont participé à l'«entreprise terroriste» d'Al-Qaida, qui avait planifié une série d'attentats en France et en Europe à partir de 1998. Eux disent avoir voulu vivre un «islam pur» dans l'Afghanistan des talibans parce que cette destination était «à la mode» chez les fondamentalistes du monde entier. «C'est clair, a admis l'un de leurs avocats, William Bourdon, ce n'était pas la meilleure idée de leur vie.»