L’avocat général Yves Charpenel a également demandé 200 000 euros d’amende (286 500 francs) et une interdiction de mandats électifs du sénateur de droite, aujourd’hui âgé de 83 ans.

Lors d’un réquisitoire d’une heure et demie, l’avocat général a tenté de démontrer l’existence d’un faisceau de culpabilité visant l’ancien ministre d’Edouard Balladur, tout en reconnaissant l’absence d’aveu de prévenu et de preuve.

«Pour que cette peine prenne tout son sens», il a souhaité qu’elle soit «proportionnelle à la gravité des faits et à la personnalité de l’auteur», «un homme de caractère, d’expérience, un organisateur, un combattant».

Deux «faiblesses» Charles Pasqua n’a «aucune âpreté personnelle aux biens», a noté Yves Charpenel, qui voit chez l’homme politique «essentiellement deux faiblesses qui ont fini par devenir des fautes. Celle de la passion politique qui lui a fait perdre les limites de la probité publique et peut-être, surtout, la passion familiale et amicale.»

«Ce grand ministre n’a pas su résister aux opportunités que cette fonction lui offrait de favoriser ceux qui lui étaient chers», a-t-il dit.

Avant sa plaidoirie prévue dans l’après-midi, l’un des avocats de l’ancien ministre de l’Intérieur, Me Léon Lev Forster, a dénoncé une «peine inadaptée». «Comment pouvoir dire qu’une faiblesse justifie […] d’être renvoyé au silence» pour un homme politique», a-t-il déclaré sur i-Télé.

Charles Pasqua est jugé pour des faits de corruption passive dans l’autorisation d’exploitation du casino d’Annemasse, qui aurait permis de financer plus tard son parti, le Rassemblement pour la France (RPF). Il est aussi accusé de complicité et recel d’abus de bien sociaux dans les affaires des contrats de la Sofremi, société de matériel de police liée à l’Intérieur, et de l’autorisation du déplacement du siège de GEC-Alsthom (aujourd’hui Alstom).

«Humilié et meurtri» Mercredi, à la clôture des débats, Charles Pasqua s’était dit «humilié» et «meurtri» par cette comparution devant la CJR. Cette cour d’exception, composée de trois magistrats et douze parlementaires, est le seul organe compétent pour juger un ministre pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions.