Les quatre policiers suisses qui sont partis le 23 juin pour aller enquêter au Kosovo pour le compte du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye sont rentrés mercredi. Ils ramènent dans leurs bagages des preuves accablantes: «A titre de conclusion préliminaire, nous pouvons dire qu'il y a une claire volonté de supprimer des gens à grande échelle. Nous avons relevé des éléments qui apparaissent de façon systématique: la séparation entre les hommes et les femmes, le regroupement des gens dans le but de les abattre, l'usage d'armes automatiques ainsi que la volonté de supprimer les traces des massacres en y boutant le feu», résume Jean-Luc Gremaud, chef de la mission et responsable de l'identité judiciaire à la police cantonale valaisanne.

Identifier les auteurs

Partie avec 300 kilos de matériel (ce qui n'est rien en regard des tonnes d'équipement utilisées par les équipes d'enquêteurs dépêchées dans les Balkans par Scotland Yard ou le FBI), la délégation suisse revient avec près de 3500 photographies, cinq heures d'enregistrements vidéo, des plans et d'autres indices importants tels que des pièces d'armes à feu, des prélèvements de sang ainsi que des restes humains qu'il s'agira encore d'identifier.

Pour traduire l'horreur des massacres dont ils doivent démontrer la véracité, Jean-Luc Gremaud raconte les conditions dans lesquelles toute une famille a été exterminée: «Une cinquantaine de personnes, dont 24 enfants, qui voulaient s'enfuir en Macédoine ont été réunies dans une pièce. Les assaillants ont lancé des grenades et achevé les victimes à l'arme automatique. Quelques jours plus tard, ils ont tout incendié. Des hommes qui s'étaient réfugiés dans la montagne ont découvert ce massacre. Ils ont placé les restes des victimes dans quatre sacs en plastique qu'ils ont cachés dans un lieu secret. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons pu vérifier les témoignages apportés par les rares survivants. Nous avons trouvé des effets personnels, des traces de sang, des morceaux de grenades ainsi que ces sacs en plastique.»

Des découvertes de ce genre, les policiers suisses en ont fait toute une série durant leur séjour au Kosovo. Ils ont fouillé des maisons incendiées, repéré des charniers, relevé des traces de massacre. Au fait, ont-ils la certitude que tous ces crimes ont bien été commis par les Serbes? Ce travail, apparemment, reste encore à faire. Jean-Luc Gremaud compte sur l'identification des restes humains et des munitions trouvées sur place pour établir avec certitude qu'ils sont bien le fait des forces serbes.

Deux leçons à tirer

Comme on peut l'imaginer, les policiers helvétiques ont travaillé dans des conditions épouvantables. Contrairement aux autres enquêteurs, ils ne bénéficiaient pas du soutien de soldats de leur pays. Isolés au début dans une maison de Pristina peu sûre et dépourvue d'eau, ils ont par la suite trouvé refuge dans un camp de l'armée canadienne. Confrontés en outre à des problèmes de langue, de chaleur, de communications, ils ont eu quelques difficultés internes, à tel point que l'un des quatre hommes s'est résolu à rentrer en Suisse prématurément.

De cela, deux enseignements sont à tirer. Premièrement, l'envoi d'un second détachement est repoussé au mois d'août. «Avant de dépêcher une deuxième équipe, il faut clarifier les questions de leur protection et des infrastructures», explique Arnold Bolliger, responsable du dossier à l'Office fédéral de la police. Deuxième leçon: «La Suisse doit se doter d'un groupe DVI (Disaster Victim Identification) préparé à l'identification des victimes», souhaite Jean-Luc Gremaud.