Analyse

Quatre France politiques émergent du premier tour

Le scrutin de dimanche n’a pas seulement accouché d’une recomposition du paysage partisan. Il témoigne de nouvelles demandes démocratiques

Gare aux mots-pièges. Si la victoire au premier tour d’Emmanuel Macron constitue un «big bang» politique, vu l’échec des candidats du PS et des Républicains, la recomposition promise par le fondateur «d’En Marche!» reste loin d’être acquise. Plusieurs France différentes se retrouvent en effet confortées par le résultat des urnes. Explications.

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Une France recomposée

C’est celle dont rêvent les électeurs et les soutiens d’Emmanuel Macron. Le maire PS de Lyon Gérard Collomb l’a théorisée dimanche sur les plateaux TV, et François Bayrou en a longtemps été l’apôtre. Cette France-là est fatiguée du sectarisme des partis et de leurs logiques d’appareil. L’élimination au premier tour du PS et du grand parti de droite gaulliste est évidemment historique.

L’idée est de réunir, demain, à tous les niveaux de la vie publique, des majorités d’idées et de projets comme cela se fait assez régulièrement dans les régions ou les communes. De ce point de vue, cette recomposition n’a rien de très nouveau. On se souvient que les Français ont apprécié, dans les sondages, les phases de cohabitation entre la gauche et la droite (aussi rudes furent-elles) sous François Mitterrand et Jacques Chirac.

Une France fracturée

C’est la France qu’Emmanuel Macron a le plus à craindre. Il faut bien comprendre qu’avec 24,01%, le candidat «d’En Marche!» – qui n’a jamais été élu – réalise une époustouflante performance électorale, mais que moins d’un quart des votants le soutiennent. En 2012, François Hollande avait dominé le premier tour avec 28,6%, talonné par Nicolas Sarkozy avec 27,18%. En bref, le pays est loin d’être conquis par une «macronite aiguë».

A cette fracture politique se superpose une fracture territoriale et sociale. Les départements du Nord, de l’Est et ceux du pourtour méditerranéen ont placé Marine Le Pen en tête, tandis que la façade atlantique et les grandes métropoles ont donné l’avantage à l’ancien conseiller de François Hollande. Ajoutez à cela la fracture générationnelle, et le puzzle français devient très compliqué. L’Hexagone n’a pas encore basculé. La «disruption Macron» a juste emporté une manche.

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Une France apeurée

L’expression «vote de la colère» est souvent utilisée pour expliquer les 21,3% de Marine Le Pen – qui totalise un million de voix de plus qu’en 2012 (17,9%) – et le très beau score de Jean-Luc Mélenchon (19,56% contre 11,1% en 2012). Mais il y a une autre manière de voir les choses. La France, apeurée par le risque d’une sortie de l’euro en cas de victoire du FN ou de l’extrême gauche (un drame potentiel pour ce peuple d’épargnants et de propriétaires que sont les Français) et inquiète de ses propres fractures sociales, a choisi l’apaisement avec la carte Macron. Ce dernier, d’ailleurs, a confirmé sa volonté d’aller dans ce sens dans son discours dominical. Il n’a pas désigné nommément Marine Le Pen. Il a remercié les neuf autres candidats. Il a évité l’anathème.

Si l’on ajoute à cela la volonté de compromis politique affichée par «En Marche!», mais aussi le discours rassurant de son candidat sur l’Europe, l’on peut voir l’audace électorale d’hier comme un appel au calme. Clivant par son parcours et sa personnalité, Emmanuel Macron a mis le rassemblement au coeur de son action, jusqu’à adopter des poses et des accents de télévangéliste. Il a su capter cette inquiétude.

Une France mobilisée

Le fort taux de participation de ce premier tour (77,5%) démontre que les Français gardent la passion de la politique et qu’ils tiennent à ce grand rendez-vous présidentiel. Ce scrutin, ne l’oublions pas, a été précédé de deux primaires, à droite et à gauche, et de plusieurs débats télévisés très suivis. La proportion importante d’indécis décelée par les sondages n’a pas non plus troublé le jeu électoral. Les électeurs, contrairement à 2012 face à Nicolas Sarkozy, n’ont pas voté contre, mais pour… sauf sans doute dans le camp conservateur où François Fillon (20,1%) a perdu de précieux suffrages chez Nicolas Dupont-Aignan (4,8%).

Cette France mobilisée est illustrée aussi par le succès «d’En Marche!» (plus de 250 000 adhérents après un an d’existence), par le succès de la «France insoumise» et par le pullulement des mouvements citoyens. Le renouvellement ne viendra pas seulement des urnes: une forte demande de participer autrement à la vie politique est aujourd’hui palpable en France.


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