Quatre pays est-européens refusent le système de quotas de migrants

Europe Une politique européenne de l’asile jugée trop généreuse

Un front de refus contre toute politique migratoire européenne qui se voudrait solidaire et généreuse s’est constitué en Europe de l’Est. Ainsi, les premiers ministres de quatre pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) vont se retrouver vendredi à Prague pour un sommet où ils comptent fourbir leurs armes contre un système de quotas de migrants à accueillir par les Etats de l’Union européenne (UE). Dans son Agenda sur les migrations présenté en mai, la Commission a proposé d’établir un système permanent pour répartir les migrants qui serait applicable en situation d’urgence. La chancelière allemande, Angela Merkel, en a appelé lundi aux valeurs européennes afin d’inciter ses partenaires à faire preuve de solidarité face à l’afflux de réfugiés venus des pays en guerre ou en crise.

Le sujet sera au menu d’une réunion spéciale des ministres européens de l’Intérieur le 14 septembre au Luxembourg consacrée à la crise des migrants. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a révélé mardi que plus de 350 000 personnes ont risqué leur vie de janvier à juillet 2015 en traversant la Méditerranée, et 2643 sont mortes en mer pour avoir tenté de rallier l’Europe.

Même si l’initiative de convoquer ce sommet de groupe de Visigrad revient au premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, ce sont Robert Fico et Viktor Orban, ses homologues slovaque et hongrois, qui sont montés au créneau. «Je ne serai jamais d’accord avec un système de quotas, a déclaré le premier ministre slovaque à la télévision nationale dimanche. Si un tel mécanisme était adopté, nous nous réveillerions un matin avec 100 000 Arabes à nos portes.»

La Slovaquie n’est pourtant pas une terre d’immigration. En 2015, elle n’a reçu qu’une centaine de demandes d’asile. En juillet dernier, elle s’est engagée, dans le cadre du programme de relocalisation des migrants, à admettre 200 réfugiés. Le mois dernier, le Ministère slovaque de l’intérieur avait fait savoir qu’il ne pourrait s’agir de musulmans du fait qu’il n’y avait pas de mosquée dans le pays. «En tant que pays chrétien, nous pouvons aider les chrétiens de Syrie à fonder un nouveau foyer», avait affirmé un porte-parole.

Le cas hongrois est différent. Avec des frontières extérieures de l’espace Schengen sur son flanc méridional, le pays attire des milliers de clandestins qui arrivent par les Balkans et qui espèrent gagner l’Allemagne ou l’Autriche. Avant d’aller à Prague vendredi, le premier ministre, Viktor Orban, sera reçu par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, jeudi à Bruxelles. Il sera question d’une aide accrue de l’UE.

«Scandaleux»

La Pologne, de son côté, a accepté d’accueillir 2000 migrants pour soulager l’Italie et la Grèce. Désormais, le pays, selon son président conservateur Andrzej Duda, se réserve la possibilité d’accueillir des réfugiés de l’Ukraine voisine. «En pleine campagne électorale, la première ministre, Ewa Kopacz, a aussi adopté une ligne dure vis-à-vis des migrants», note un professeur d’université à Varsovie.

Ce front de refus a fait l’objet de divers commentaires. Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a qualifié le refus de partager le fardeau des migrants de «scandaleux» dans la presse française de dimanche. La ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, a plaidé, lors d’un entretien lundi à une télévision allemande, pour une réduction des aides européennes aux pays qui n’accueillent pas leur part de migrants. La Commission, elle, ne veut pas entrer en conflit avec le groupe de Visigrad. «Les Etats ont le droit de se concerter, a déclaré Natasha Berthaud, une porte-parole. En revanche, ils doivent chercher une réponse collective européenne à la crise des migrants.»