Certains l’ont vu avancer dans la campagne québécoise avec une lueur suspecte dans l’une des locomotives. Lancé à toute vitesse dans la nuit, le «train-fantôme» a ravagé samedi le centre-ville de Lac-Mégantic, au Canada, et fait au moins 80 disparus.

Le convoi de 72 wagons-citernes et cinq locomotives, chargé de pétrole, était parti de Montréal, à 250 km à l’ouest, et devait se rendre sur la côte atlantique, dans le port de Saint-John (Nouveau-Brunswick). Son ultime destination aura été la rue principale de cette petite ville de 6.000 habitants située aux confins des montagnes des Appalaches, rasant tout sur deux kilomètres carrés.

La compagnie américaine The Montreal Maine & Atlantic, propriétaire du train, explique qu’avant la catastrophe, le convoi de wagons-citernes avait été immobilisé dans le village voisin de Nantes pour effectuer un changement d’équipe. Pour une raison inconnue, il s’est «mis à avancer, à bouger dans la pente le conduisant jusqu’à Lac-Mégantic», alors que les systèmes de freinage étaient pourtant activés, a dit le porte-parole de la compagnie, Christophe Journet. Par conséquent, «il n’y avait pas de conducteur à l’intérieur» lorsque le train s’est emballé.

Recueillis sur l’autre rive du lac Mégantic, autour d’une grande croix éclairée qui domine les versants alentour, des habitants observent, le regard perdu, leur centre-ville se consumer.

Le visage derrière des jumelles, Linda Rodriguez pointe un brasier: «ça c’est la pharmacie, notre maison est à 50 m de l’autre côté de la rue.»

«Au-dessus de tous les magasins de la rue principale, il y avait des logements. Tous les gens (qui s’y trouvaient) n’ont pas pu partir», craint Mariette Savoie, qui raconte avoir vu «un mur de feu» se dresser dans la nuit.