Après trois tentatives invalidées pour cause de faible participation, la République de Serbie aura un président au terme du nouveau round électoral qui va commencer dimanche. Le parlement a en effet supprimé le seuil exigé de participation de 50% au moins des inscrits qui était requis pour valider la consultation.

La partie se joue principalement entre Boris Tadic, le chef du Parti démocratique, héritier politique du premier ministre réformateur assassiné (en mars 2003) Zoran Djindjic, et le candidat d'extrême droite Tomislav Nikolic. Dragan Marsicanin, actuel président du parlement et candidat de la coalition gouvernementale qui dirige la Serbie depuis le début de l'année, est nettement distancé dans les sondages. Ce proche du premier ministre Vojislav Kostunica manque en effet cruellement de charisme.

Tomislav Nikolic, qui porte une nouvelle fois les couleurs du Parti radical serbe, familièrement appelé «Toma le Fossoyeur» en raison de son ancien emploi de directeur du cimetière municipal de Kragujevac, avait créé la surprise lors du dernier scrutin invalidé de l'automne dernier. Selon les sondages, il obtiendrait entre 27 et 30% des suffrages au premier tour, contre un peu plus de 20% à Boris Tadic.

Au second tour, la partie risque d'être serrée. Tout dépendra de la mobilisation de l'électorat et de la capacité du camp démocratique à surmonter ses divisions. Boris Tadic a déjà indiqué qu'il appellerait à voter en faveur du candidat démocratique le mieux placé, si lui-même ne figurait pas au second tour. Dragan Marsicanin se refuse par contre toujours à une telle déclaration.

Ces derniers mois, les partis issus du camp démocratique ont en effet continué à s'entre-déchirer, notamment à propos du procès des meurtriers de Zoran Djindjic et de l'arrestation de Legija, le commanditaire présumé du crime. La nouvelle majorité exploite aussi au maximum des affaires de corruption mettant en cause des proches du Parti démocratique. Dans ce climat délétère, il sera bien difficile de mobiliser l'électorat, qui pourrait être tenté de soutenir au premier tour certains candidats excentriques, qui sont particulièrement nombreux – quinze – à se présenter à ce premier tour.

Boris Tadic mène campagne en expliquant qu'une éventuelle victoire de Toma le Fossoyeur signifierait un retour en arrière et un nouvel isolement pour la Serbie, mais il n'est pas certain que cet argument suffise à mobiliser le camp démocrate.