Au Canada, une vague de décès de nourrissons suscite l’inquiétude dans la région du Nunavik, au nord de la province du Québec. Dans une longue enquête publiée ce lundi, le quotidien canadien Le Devoir revient sur le décès de 12 enfants de moins de 3 ans en 2021, deux décès de plus que ceux liés au covid dans cette tranche d’âge, selon le chef de la police de la région, qui a lancé l’alerte. Ce phénomène pointe une nouvelle fois les conditions de vie des populations autochtones au Canada: au Nunavik, sur environ 13 000 habitants, 90% s’identifient comme Inuits. Une coroner – un officier public chargé d’enquêter en cas de décès dans des circonstances obscures ou dont les causes sont inconnues – a été nommée pour se pencher sur ces morts.

La mort subite du nourrisson mise en cause

Selon Le Devoir, dans les cinq premiers dossiers, le syndrome de la mort subite du nourrisson a été retenu comme explication. Ce terme sert en fait à désigner la mort des très jeunes enfants dont les causes restent inexplicables, même après une investigation. Si les raisons de ces décès restent floues, certains facteurs de risques sont connus, comme la position du nourrisson sur le ventre, le fait de dormir dans le même lit qu’un adulte ou encore le tabagisme pendant la grossesse.

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Il se trouve que le tabagisme est l’un des problèmes des habitants de la région, puisque 90% de la population fume. Et les femmes ne s’arrêtent pas forcément pendant la grossesse, reconnaît une sage-femme interrogée par le quotidien canadien. Pour autant, les parents du Nunavik reçoivent les mêmes informations que les autres parents du Québec et l’enquête menée par la coroner montre que la mortalité infantile dans la région est sept fois plus élevée que dans le reste de la province.

Une autre explication à ce phénomène est mise en avant par l’enquête: le manque de logements. Près de 97% des habitants vivent dans des logements sociaux, et environ 60% des enfants seraient élevés dans des foyers surpeuplés. Ce manque d’espace peut par exemple pousser les parents à dormir avec leur nourrisson ou induire du tabagisme passif. Car même si la mère arrête de fumer pendant sa grossesse, cela ne signifie pas que son entourage en fera de même, souligne Le Devoir. Ce manque est d’autant plus criant que la région a un taux de natalité bien supérieur à la moyenne québécoise.

Le gouvernement canadien face à ses responsabilités

Au Canada, la question des conditions de vie et de la santé des populations autochtones a émergé dans le débat public ces dernières années. Elles sont en effet surreprésentées dans les statistiques carcérales et les chiffres sur la pauvreté, et font face à de nombreux problèmes d’addiction.

Le gouvernement canadien est de plus en plus interpellé sur la responsabilité des autorités dans l’exclusion de ces populations. Plusieurs scandales ont amené à cette prise de conscience, notamment le manque de réaction face aux disparitions ou aux meurtres de femmes autochtones, largement surreprésentées parmi les victimes de violences.

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Le pays a aussi dû faire face à un autre dossier brûlant: le sort des enfants autochtones dans les pensionnats religieux. Jusque dans les années 1990, plus de 150 000 enfants ont été arrachés à leur famille et placés dans ces institutions. Entre 4000 et 6000 d’entre eux y ont disparu, selon de premières estimations, et des tombes sont régulièrement découvertes à proximité des anciens bâtiments. Le 2 mars, 169 nouvelles tombes anonymes ont été découvertes, portant à près de 1500 le nombre de sépultures mises au jour ces derniers mois.