A quelques encablures de la fin du synode sur la famille qui réunit ces semaines à Rome quelque 270 évêques, le Saint-Siège a vécu, durant la journée de mercredi une petite éruption de rumeurs, comme la presse italienne en a le secret: le pape aurait une tumeur bénigne au cerveau.

C’est le Quotidiano Nazionale qui a lâché ce scoop, nourrissant de nombreux détails un article qui a semblé très bien informé aux observateurs attentifs de la Curie. En deux mots: «Le pape François est malade. Il y a des mois une tache sombre a été découverte au cerveau. La petite tumeur est curable. Pour l’éminent spécialiste japonais qui le suit – le luminaire comme écrit le Quotidiano – une intervention chirurgicale ne servirait à rien.» Le nom du luminaire ne s’invente pas: c’est le professeur Takanori Fukushima, de Pise. Qui aurait débarqué au Vatican dans l’hélicoptère pontifical avec son équipe pour examiner le pape. Insistons sur le «aurait».

Le Vatican contre-attaque

Car le Vatican, outré par l’information, a immédiatement répliqué, en la personne du père Lombardi qui s’est fendu d’une déclaration sèche et sonnante: «Il s’agit d’une information relative à la santé du Saint-Père, totalement infondée, irresponsable, qui ne mérite aucune attention. Il est facile de constater combien le Pape poursuit, normalement et sans interruption, ses intenses activités». On notera la beauté du raisonnement par induction: s’il est facile de constater que le pape poursuit normalement et sans interruption ses intenses activités, c’est donc qu’il n’y a rien à redire sur sa santé. En matière de logique formelle, chère à Saint Thomas d’Aquin, on repassera.

La presse italienne et mondiale s’est immédiatement emparée du démenti curial qu’un tir d’artillerie nourrie de l’Osservatore romano venait appuyer. Ce midi, ouvrant le briefing quotidien sur les travaux synodaux, le Directeur de la Salle de Presse est revenu sur son démenti nocturne. Le P.Lombardi a confirmé que l’article traitant de la santé du Saint-Père était sans fondement: «Je le fais après m’être informé auprès des autorités compétentes, le Saint-Père compris. Aucun médecin japonais n’est venu au Vatican pour l’examiner, et aucun des examens indiqués dans l’article n’a été effectué. On m’a également assuré qu’aucun appareil extérieur n’a utilisé l’héliport Vatican, pas même en janvier. Ceci dit, je confirme que le Saint-Père est en bonne santé. De même, je dois répéter que l’article en question constitue un acte grave et inqualifiable. Tout comme est irresponsable et injustifiable la diffusion continuelle de fausses nouvelles. Puisse cette histoire cesser sur le champ».

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Le Quotidiano persiste

La violence de la réplique n’a nullement impressionné le Quotidiano Nazionale qui, affinant à vue ses informations, en confirmait, sinon tous les détails initiaux, du moins la substance: «L’Ansa – la principale agence de presse italienne confirme la présence de Takanori Fukushima au Vatican». Et le quotidien de lister tous les organes de presse qui confirment l’un ou l’autre point de son enquête fouillée. Il concède, en revanche, que le blog du professeur Fukushima (en langue japonaise) ne confirme pas une rencontre avec le pape.

Le Quotidiano Nazionale n’a, à son tour, pas le moins du monde effrayé l’Osservatore romano qui, lui, en a remis une couche dans son édition italienne en titrant «fausse nouvelle.» Puis ce texte: «Des milliers de personnes ont vu le pape à l’audience générale sur la Place Saint-Pierre et l’archevêque Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’Etat en témoigne également qui écrit, «j’ai rencontré le pape hier soir. Il se porte très bien et est en grande forme! C’est quoi ce boucan autour de sa santé.» On notera que la très sérieuse Agence France Presse ne partage pas l’enthousiasme de l’Osservatore romano. Elle constate, elle, que «mercredi à l’audience hebdomadaire, le pape est apparu pâle et un peu fatigué mais toujours aussi souriant devant quelque 30.000 personnes sur la place Saint-Pierre de Rome.»

Dieu choisira les siens

Dans cette jungle impitoyable des dits et démentis, Dieu choisira les siens. Reste à s’interroger sur l’opportunité de la rumeur dans l’économie générale de la situation présente: ce qu’a fait l’Agence France Presse qui a tendu l’oreille auprès d’un vaticaniste éprouvé: «Le moment choisi pour publier cette nouvelle, précisément quand un synode turbulent s’achève, est curieux», a prudemment noté le vaticaniste Iacopo Scaramuzzi, interrogé sur l’hypothèse d’une manipulation visant à mettre en doute les facultés mentales du pape. «Ce qui frappe, c’est que l’article ne fournit pas clairement ses sources et que le Vatican a apporté un démenti particulièrement décidé et détaillé», a ajouté Iacopo Scaramuzzi à l’agence.

Le synode empoisonné

Même sentiment sur le site, généralement très bien informé des coulisses curiales, Vatican Insider. Lequel rappelle combien l’ouverture et la tenue du synode sur la famille ont provoqué de manœuvres insidieuses et de coups de théâtre sulfureux. Comme le coming out du père Krzysztof Charamsa un jour avant l’ouverture du synode; puis les fuites concernant la lettre adressée au pape par treize cardinaux conservateurs durant la deuxième semaine. Enfin, ces jours, ces informations sur la prétendue maladie du pape.

Décidément, le synode sur la famille rend fous bien des lobbies à l’intérieur de l’Eglise. A l’heure où il prend bientôt fin et laisse déjà un goût amer dans certaines bouches synodales, qui s’en étonnera?