Hillary Clinton a reçu à l’avance des questions qui lui ont été posées lors de débats de la primaire démocrate à la présidentielle américaine, selon WikiLeaks. CNN a dans la foulée mis fin à sa collaboration avec la présidente intérimaire du parti démocrate, commentatrice politique sur la chaîne.

Un des e-mails rendus publics lundi par WikiLeaks est particulièrement parlant. Rédigé par l’actuelle présidente intérimaire du parti démocrate, Donna Brazile, il est adressé à John Podesta, président de la campagne de Hillary Clinton et Jennifer Palmieri, directrice de la communication de la candidate. Le message est daté du 5 mars, veille d’un débat qui s’est déroulé dans la ville septentrionale de Flint, devenue symbole des injustices sociales aux Etats-Unis en raison de son réseau d’eau gravement contaminé au plomb.

«De temps en temps, j’obtiens les questions à l’avance»

«Une des questions qui sera posée à HRC (Hillary Rodham Clinton, ndlr) proviendra d’une femme qui a une éruption cutanée», avertit Donna Brazile, qui officiait alors comme commentatrice sur la chaîne CNN. «Sa famille a été empoisonnée au plomb et elle demandera ce qu’Hillary pourrait faire pour les gens de Flint si elle devient présidente», précise Donna Brazile.

Au débat le lendemain, Hillary Clinton a été interrogée par une femme qui avait dénoncé les problèmes cutanés de sa famille, même si les termes de la question énoncée étaient sensiblement différents.

Dans un message du 12 mars, veille d’un débat organisé par CNN, Donna Brazile promet à Jennifer Palmieri d’en «envoyer quelques-unes supplémentaires», en faisant très vraisemblablement référence à des questions du débat.

Enfin, dans un autre e-mail récemment révélé, Donna Brazile avait écrit: «De temps en temps, j’obtiens les questions à l’avance». Dans ce même message, la stratège du parti démocrate sous-entendait que Hillary Clinton se verrait poser une question sur la peine de mort.

Depuis des semaines le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump, répète que sa rivale a été avantagée dans la campagne de la primaire démocrate face à son principal concurrent Bernie Sanders, notamment en bénéficiant à l’avance des questions des débats.

L’argument nucléaire

Bousculée par le nouvel épisode de l’affaire de ses e-mails, la candidate démocrate à la Maison-Blanche Hillary Clinton est aussi revenue lundi 31 octobre à une recette éprouvée: dénoncer le danger représenté selon elle par un Donald Trump à la tête de l’arsenal nucléaire américain.

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A huit jours de la fin du vote pour élire le successeur de Barack Obama, le 8 novembre, le candidat républicain a, quant à lui, chassé sur les terres démocrates, dans l’espoir de profiter de la relance il y a trois jours par le directeur du FBI des investigations sur la messagerie privée utilisée par Hillary Clinton lorsqu’elle dirigeait la diplomatie de 2009 à 2013. Une affaire qui avait été classée en juillet, et qui revient empoisonner la fin de campagne.

«Si Hillary est élue, elle fera l’objet d’une enquête pénale prolongée, et probablement d’un procès pénal», a déclaré Donald Trump lors d’un meeting à Grand Rapids, dans le Michigan, un Etat gagné par Barack Obama. «C’est elle la seule responsable». «Son élection enfoncerait l’Etat et notre pays dans une crise constitutionnelle», a-t-il affirmé.

Soutien de dix ex-officiers sur le nucléaire

Quelques heures plus tard, le milliardaire new-yorkais clamait avoir le vent en poupe, martelant son message antisystème. «Dans huit jours, vous obtiendrez le changement que vous avez attendu toute votre vie», a-t-il dit à Warren.

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La démocrate, elle, a appelé les électeurs au sang-froid dans cette ultime tempête. L’ancienne secrétaire d’Etat a dénoncé l’impulsivité supposée du milliardaire. «Imaginez-le dans le Bureau ovale, confronté à une vraie crise», a déclaré Hillary Clinton à Cincinnati, dans l’Ohio (nord), l’un des Etats qui pourraient basculer du côté républicain. «Imaginez-le nous empêtré dans une guerre parce que quelqu’un l’aurait froissé. J’espère que vous aurez cela en tête en glissant votre bulletin dans l’urne», a-t-elle lancé.

Elle s’est prévalue du soutien de dix ex-officiers chargés du lancement des missiles balistiques nucléaires, qui ont écrit une lettre ouverte à Donald Trump. L’un d’eux, Bruce Blair, l’a présentée sur scène lors d’un meeting.

Les sondages se resserrent

Les sondages se sont nettement resserrés depuis deux semaines, mais la déclaration surprise du directeur du FBI vendredi ne semble pas avoir rebattu les cartes, selon les premières enquêtes d’opinion. Une enquête NBC publiée lundi crédite la démocrate de 47% des intentions de vote contre 41% pour le républicain. Une autre, réalisée, elle, entièrement ce week-end, lui donne trois points d’avance.

Pour le milliardaire, le scénario d’une victoire reste le plus difficile. Sa «base» d’Etats conservateurs est moins riche en grands électeurs que celle de la démocrate. Les Américains éliront le 8 novembre des grands électeurs Etat par Etat, qui désigneront ensuite le président.

Ce qui explique les déplacements du républicain au Nouveau-Mexique, dans le Michigan et le Wisconsin, trois Etats gagnés par Barack Obama et ainsi peints en bleu, la couleur démocrate, sur les cartes électorales.

«Donald Trump doit remporter un Etat bleu ou deux, en plus de gagner tous les Etats où l’issue est incertaine», dit à l’AFP Larry Sabato, politologue de l’université de Virginie. «Il doit gagner presque tout», résume cet expert.

«Le dossier est vide»

Le camp Clinton a redoublé ses attaques lundi contre ce qu’il estime être une interférence politique de James Comey qui, selon eux, n’avait pas à informer le Congrès du fait que ses enquêteurs avaient découvert de nouveaux e-mails susceptibles d’être pertinents dans l’affaire de la messagerie, close en juillet.

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«Le dossier est vide», a assuré Hillary Clinton. «Je suis certaine qu’ils parviendront à la même conclusion que lorsqu’ils avaient analysé mes e-mails l’an dernier». Son directeur de campagne est allé plus loin en dénonçant un «deux poids, deux mesures» flagrant de la part de James Comey.

Il a cité un article de la chaîne CNBC rapportant que le directeur du FBI s’était opposé au communiqué publié début octobre par le gouvernement américain et qui a désigné la Russie pour des tentatives d’interférences dans le processus électoral américain, via le piratage du parti démocrate. «Que le directeur Comey soit plus discret concernant un Etat étranger que pour la candidate démocrate à la présidence est absolument choquant», a dénoncé Robby Mook.