Comment neutraliser un millier de tonnes de produit léthal dans un pays en guerre? Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devront répondre à cette question dans les jours qui viennent, après la proposition russe de placer l’arsenal chimique du régime syrien sous contrôle international.

«Si l’opération se concrétise, ce serait la première fois, dans l’histoire de la guerre chimique, que l’on tenterait de sécuriser un tel arsenal en situation de conflit», souligne l’expert en armes chimiques et biologiques Jean-Pascal Zanders. La Commission spéciale des Nations unies (Unscom), chargée de repérer et de détruire les armes de destruction massive après la guerre du Golfe, s’était heurtée à de multiples difficultés durant les huit années de son mandat, de 1991 à 1999. «En Irak, les experts de l’ONU opéraient dans un pays vaincu, face à des autorités qui refusaient de coopérer, souligne Jean-Pascal Zanders. En Syrie, ils se trouveraient en situation de guerre civile. La communauté internationale devra créer un cadre légal pour se lancer dans cette opération. La première condition pour que cela fonctionne est la coopération des autorités syrienne.»

Mille tonnes d’agents chimiques

Damas et Moscou affirment travailler à un plan pour concrétiser cette option. Mais, jusqu’ici, la Syrie et son allié russe ont toujours refusé de coopérer avec les puissances occidentales à la recherche d’une solution à la crise. Changement de ton mardi: «Nous sommes prêts à annoncer où se trouvent les armes chimiques, à cesser la production d’armes chimiques et à montrer ces installations aux représentants de la Russie, d’autres pays et de l’ONU», a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem. Ajoutant: «Notre attachement à l’initiative russe a pour objectif de cesser de posséder toutes les armes chimiques.» Un pas de plus vers la reconnaissance de l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien, qui avait admis pour la première fois le 23 juillet 2012 détenir des armes non conventionnelles «stockées et sécurisées sous la supervision des forces armées», et menacé de les utiliser en cas d’intervention militaire étrangère.

Damas s’est aussi dit prêt à se joindre à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, qui exige de chaque Etat partie de détruire tous les stocks d’armes chimiques en sa possession ainsi que toutes les installations de fabrication d’armes chimiques situées sur son territoire.

Selon les estimations, le régime de Damas possède environ 1000 tonnes d’agents chimiques, parmi lesquels du gaz sarin, du gaz moutarde et du gaz innervant VX, stockés essentiellement sous forme liquide dans des réservoirs. «Il faudrait commencer par faire l’inventaire de l’arsenal, puis le centraliser autant que possible en Syrie, remarque Jean-Pascal Zanders. Il s’agit d’une opération coûteuse, qui nécessiterait l’intervention d’experts en destruction d’armes toxiques.» L’opposition syrienne, de son côté, ne croit pas à cette possibilité et dénonce une «manœuvre politique» visant à sauver le régime de frappes occidentales.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) «salue et soutient l’idée de placer sous contrôle international les armes chimiques, en tant que mise en œuvre du droit international humanitaire et en tant que moyen pour rétablir le dialogue en vue d’une solution juste et négociée du conflit en Syrie». (LT)