Commentaire

La quête d’une nouvelle coalition s’annonce ardue pour Angela Merkel

La chancelière sort sans surprise gagnante des élections législatives de ce dimanche. Mais elle aura fort à faire avec la percée de l’AfD, la droite populiste allemande

Angela Merkel rempilera donc pour un quatrième mandat à la tête de l’Allemagne. Pour donner une idée de sa longévité, elle a déjà connu quatre présidents français. Selon les projections sorties des urnes ce dimanche, les chrétiens-démocrates de la CDU obtiennent 32,5% des voix contre 20% aux sociaux-démocrates (SPD) de l’ancien président du Parlement européen Martin Schulz. Mais la sensation, c’est la percée de l’Alternative für Deutschland (AfD), avec 13,5% des voix. La droite populiste devient la troisième force politique du pays, du jamais-vu dans l’Allemagne d’après-guerre.

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Ces dernières semaines, la victoire d’Angela Merkel ne faisait plus beaucoup de doute. Il serait toutefois faux de croire qu’elle était acquise d’avance. Il y a une année, alors qu’elle décidait de se représenter, la cote de popularité de la chancelière était malmenée. Une partie de son électorat ne lui pardonnait pas sa décision d’ouvrir les frontières lors de la crise des réfugiés de 2015. Les violences du Nouvel An 2016 à Cologne, attribuées trop vite aux nouveaux arrivés, scandalisaient les Allemands. Un terreau sur lequel prospérait l’AfD, avant de se consumer dans des querelles intestines. Entre-temps, Angela Merkel avait redressé la barre, commençant par verrouiller la route migratoire des Balkans en pactisant avec la Turquie d’Erdogan. Un revirement total dont la chancelière a le secret.

Ce quatrième mandat, Angela Merkel ne le doit pas seulement à la force de l’habitude, sa posture rassurante et son leadership dans le monde, une position laissée vacante par les Etats-Unis de Donald Trump. Si la chancelière l’a une nouvelle fois emporté dans les urnes, c’est aussi à cause de la faiblesse de l’opposition. Parachuté de Strasbourg, Martin Schulz n’a fait que brièvement illusion. Les sociaux-démocrates se sont finalement effondrés. Ils n’ont jamais pu démontrer de désaccord majeur avec la chancelière, avec qui ils gouvernent depuis 2005. Une époque qui prend fin aujourd’hui, puisque le SPD a annoncé qu’il ne participerait pas à une nouvelle coalition.

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D’où cette campagne qualifiée d’ennuyeuse et ronronnante, où la favorite aura réussi à esquiver la plupart des grands défis de l’Allemagne: du vieillissement de la population à l’avenir de l’Union européenne en passant par les inégalités sociales. Une situation qui ne pouvait que favoriser la montée d’une troisième force politique avec l’AfD. Le quatrième mandat d’Angela Merkel ne sera assurément pas le moins mouvementé. A commencer par la quête ardue d’une nouvelle coalition.

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