«J'avais le pouvoir de mettre fin à toute cette chasse aux sorcières si je voulais. J'aurais pu virer tout le monde, même Mueller, si je voulais. J'ai choisi de ne pas le faire», a tweeté le président américain jeudi soir.

«Tout ce que les Russes ont fait concernant l'élection de 2016 a été fait lorsqu'Obama était président. Il en a été informé et n'a rien fait!», a-t-il dit dans un autre tweet. «Plus important, cela n'a pas changé le vote», a-t-il ajouté

Des informations confidentielles caviardées, des doutes, un grand absent et beaucoup de questions. Transmis jeudi au Congrès avant d'être rendu public, le rapport Mueller (448 pages) a beau révéler de nouveaux détails sur l'enquête qui a empoisonné la première moitié du mandat de Donald Trump, il ne sera jamais complet. Les passages les plus sensibles ont été expurgés, les avocats de Donald Trump ont été informés des principales conclusions avant le public et Robert Mueller est toujours très discret. Les démocrates espèrent auditionner le procureur spécial avant le 23 mai, alors que le ministre de la Justice Bill Barr est accusé de partialité. 

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Qu'y a-t-il d'embarrassant pour le président américain dans ce rapport tant attendu? Le résumé livré le 24 mars par le ministre de la Justice après 675 jours d’enquête et l'inculpation de 34 individus était clair: Robert Mueller n'a pas trouvé de preuves de collusion entre Donald Trump et les Russes lors de l'élection présidentielle de 2016 alors que l'ingérence de Moscou est confirmée. Un soulagement pour le président qui n'a cessé de dénoncer une «chasse aux sorcières» pendant de longs mois. Jeudi, avant la publication du rapport, il a tweeté une image inspirée de «Game of Thrones» avec l'inscription «Game Over», dénonçant une nouvelle fois un insupportable «harcèlement».

Les démocrates se concentrent surtout sur le deuxième point: le procureur spécial est beaucoup moins catégorique sur le volet de l'obstruction à la justice, alors que Donald Trump a brutalement limogé le patron du FBI James Comey en mai 2017. A-t-il abusé de ses prérogatives présidentielles pour compliquer la tâche des enquêteurs? Le rapport ne conclut pas qu'il a commis un délit «mais il ne le disculpe pas non plus», précisait déjà le ministre de la Justice en mars. Des enquêteurs de Robert Mueller ont toutefois fait savoir que sa présentation des faits ne reflétait pas fidèlement leur travail. Pour rappel, avant de devenir ministre, Bill Barr s'était fendu d'une opinion pour défendre le licenciement de James Comey. C'est dans ce contexte trouble que le rapport a été rendu public jeudi.

Voici ce que l'on apprend de plus:

● Donald Trump a paniqué en apprenant la nomination du procureur indépendant Robert Mueller en mai 2017, après le licenciement du patron du FBI James Comey. «Oh mon Dieu. C'est épouvantable. C'est la fin de ma présidence. Je suis foutu («I'm fucked»)», a-t-il alors dit à Jeff Sessions, ministre de la Justice limogé depuis. «Comment as-tu pu laisser faire ça, Jeff? Tout le monde me dit que si vous avez un de ces procureurs spéciaux, ça vous gâche la présidence. Ça prend des années et des années, je ne pourrai rien faire. C'est la pire chose qui me soit arrivée», a-t-il ajouté, révèle l'enquête Mueller. Un mois plus tard, 17 juin 2017, Donald Trump a ordonné au chef des services juridiques de la Maison Blanche de révoquer Robert Mueller, un ancien patron du FBI, en l'accusant de «conflits d'intérêt». Don McGahn n'a pas obtempéré. 

● A propos du limogeage de James Comey: Robert Mueller ne croit pas les explications de responsables de la Maison-Blanche, selon lesquels il aurait été démis de ses fonctions en raison de son rôle dans l'affaire des emails privés de Hillary Clinton. La principale raison du limogeage serait liée au fait que James Comey n'a jamais voulu dire publiquement que le président lui-même n'était pas sous investigation. 

● Le volume II du rapport, dès la page 200, est précisément consacré au volet de l'obstruction à la justice. Robert Mueller évoque dix incidents pouvant être considérés comme une possible entrave à la justice, mais il ne conclut pas à la culpabilité de Donald Trump, la difficulté étant de déterminer ce qui relève de ses prérogatives présidentielles et s'il les a outrepassées. «En même temps, la position du président en tant que chef du pouvoir exécutif lui a fourni un moyen unique et puissant d'influencer les procédures officielles, les fonctionnaires subalternes et les témoins potentiels», souligne toutefois le rapport. «Si nous avions l'assurance, après une enquête approfondie basée sur les faits, que le président n'a clairement pas commis d'obstruction à la justice, nous le dirions». C'est probablement l'un des points les plus troublants de l'enquête de Robert Mueller.

● Donald Trump Jr a eu, pendant la campagne présidentielle, des contacts directs avec WikiLeaks, l'organisation de Julian Assange qui a divulgué des emails volés du Parti démocrate. Selon le rapport, il a reçu un message de WikiLeaks le 20 septembre 2016, avec un mot de passe pour accéder à un site anti-Trump, PutinTrump.org. WikiLeaks lui demandait s'il savait qui était derrière le site. Donald Trump Jr a répondu qu'il ne savait pas. D'autres échanges directs ont suivi. «L'équipe de campagne de Trump a montré de l'intérêt pour la publication de documents piratés par WikiLeaks tout au long de l'été et de l'automne 2016», précise encore le rapport. 

● Le président a volé au secours de son fils Donald Trump Jr à propos d'une rencontre, le 9 juin 2016, avec une avocate russe, à la Trump Tower de Manhattan. Selon le rapport, il lui a enjoint de ne pas dévoiler la nature exacte de la rencontre, en supprimant une ligne dans le communiqué de presse qui reconnaissait que l'avocate prétendait «avoir des informations utiles pour sa campagne». La version de la Maison-Blanche était de dire que la réunion portait sur les adoptions d'enfants russes. «Lorsque la presse a posé des questions sur l'implication du président dans la déclaration de Trump Jr., l'avocat personnel du président a nié à plusieurs reprises que le président avait joué un rôle quelconque», souligne le rapport.

● Robert Mueller explique pourquoi il n'a pas voulu auditionner le président. Voici ce qu'il écrit: «En fin de compte, bien que nous croyions avoir le pouvoir et la justification légale de délivrer une assignation à comparaître devant un grand jury pour obtenir le témoignage du président, nous avons choisi de ne pas le faire. Nous avons pris cette décision compte tenu du retard considérable qu'une telle mesure d'enquête entraînerait probablement à un stade avancé de notre enquête. Nous avons également évalué que, sur la base des éléments probants importants que nous avions déjà recueillis sur les actions du président et sur ses déclarations publiques et privées décrivant ou expliquant ces actions, nous disposions d'éléments suffisants pour comprendre les événements pertinents et pour procéder à certaines évaluations sans le témoignage du président».

La suite? Profitant de leur majorité à la Chambre des représentants, les démocrates risquent de vouloir multiplier les enquêtes contre Donald Trump. Ils espèrent surtout auditionner Robert Mueller, qui ne s'est pas encore exprimé sur son rapport. Le ministre de la Justice de son côté promet de se pencher sur les prémisses du rapport Mueller, pour déterminer si le FBI a espionné Donald Trump et son entourage.