On attendait une personnalité politique de premier plan pour remplacer François Bayrou, le ministre centriste de la Justice forcé à quitter le gouvernement français moins d’un mois après avoir été nommé. Las. Clairement animé par sa méfiance envers les «éléphants» politiques d’antan, Emmanuel Macron, et son premier ministre, Edouard Philippe, a choisi de s’appuyer sur des personnalités non partisanes et des amis sûrs pour leur nouvelle équipe, qui sollicitera la confiance de l’Assemblée nationale le 4 juillet.

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Pedigrees parfaitement connus

Symbole: la nomination de Nicole Belloubet, membre du Conseil constitutionnel depuis 2013, comme garde des Sceaux, en remplacement du président fondateur du Mouvement démocrate (MoDem). Et l’arrivée de Florence Parly, ancienne secrétaire d’Etat au Budget sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin (2000-2002), puis cadre supérieur d’Air France et de la SNCF, à la tête des Armées en remplacement de la députée européenne MoDem Sylvie Goulard. Aucune grosse pointure, par contre. Les rumeurs concernant le retour sur le devant de la scène de l’ancien maire PS de Paris Bertrand Delanoë, ou sur l’arrivée comme ministre du député de droite Thierry Solère, qui vient d’annoncer la création d’un groupe Macron-compatible après avoir organisé les primaires des Républicains, ont été démenties.

Le signal est clair: c’est une équipe de mécaniciens en chef. On ne peut plus se permettre de vagues

Le quinquennat Macron va enfin démarrer. Et compte tenu des premiers couacs liés aux enquêtes en cours sur le financement du MoDem, le président français a choisi de s’appuyer sur des personnalités dont il connaît par cœur le pedigree. La diplomate Nathalie Loiseau, qui aura la charge des Affaires européennes en remplacement de Marielle de Sarnez, démissionnaire, a dirigé la prestigieuse Ecole nationale d’administration (ENA), forge des élites politiques françaises, d’où le chef de l’Etat est sorti diplômé en 2004. Un des animateurs de la première heure du mouvement En marche!, Benjamin Griveaux, tout juste élu député de Paris, secondera le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, principal rallié de la droite. Julien Denormandie, l’un des conseillers les plus proches du candidat Macron, hérite aussi d’un portefeuille.

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L’heure n’est plus à l’ouverture ou aux coups d’éclat. Les ministres de l’Intérieur (Collomb), de la Transition écologique (Hulot), des Affaires étrangères (Le Drian), de l’Education (Blanquer) et du Travail (Penicaud) demeurent à leur poste. «Le signal est clair: c’est une équipe de mécaniciens en chef. On ne peut plus se permettre de vagues», reconnaît un parlementaire de La République en marche! élu dimanche. Côté annonce, le choix du profil bas a d’ailleurs prévalu à l’Elysée. Initialement, l’annonce du nouveau gouvernement français devait être faite à 18 heures, juste après la conférence de presse du démissionnaire François Bayrou. La collision devait être évitée.

Fin de la séquence «émotion»

François Bayrou, le leader centriste dont le parti peut désormais compter sur 42 députés, s’était, lui, préparé pour un show d’auto-justification. Il a, devant les journalistes, dénoncé les accusations portées contre son mouvement, soupçonné d’avoir recouru aux services d’assistants parlementaires payés par le Parlement européen. Grandiloquent, rappelant les fantômes d’une France toujours prompte à la délation, celui qui avait mis vingt ans à réintégrer un gouvernement (il fut ministre de l’Education nationale entre 1993 et 1997) a juré qu’il n’avait rien fait d’illégal. Il a aussi promis de garder son soutien à Emmanuel Macron, qui n’a toutefois pas besoin de l’appui de «ses» 42 députés MoDem. Le divorce, acté, n’apparaît donc pas irrémédiable entre les deux hommes, dont les routes ont convergé durant la campagne présidentielle.

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Comment repartir maintenant? Comment éviter les écueils des affaires et ne pas donner l’impression que le quinquennat, a peine entamé, est déjà enlisé? La réponse apportée hier soir par Emmanuel Macron est claire: place aux dossiers plutôt qu’aux hommes. Le fait de confier le projet de loi sur la moralisation de la vie politique à une constitutionnaliste, ou le fait de confier le destin des forces armées à une spécialiste des questions budgétaires, revient à cibler l’enjeu: obtenir au plus vite des résultats. Les législatives ayant montré que le charme présidentiel avait opéré au-delà de toute attente, la séquence «émotion» a touché mercredi à sa fin.

Du grain à moudre

Il faut maintenant que les premiers projets de loi – certains seront votés par ordonnances – sortent des tiroirs. Il faut que les nouveaux députés «marcheurs», qui se réuniront pour un séminaire de rentrée ce week-end avant le début de la législature le 27 juin, aient rapidement du grain à moudre. «Si elle ne renforce pas son économie et sa société, la France n’aura aucune capacité motrice», nous expliquait mardi Emmanuel Macron dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé. Avant de poursuivre: «C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement d’enclencher les réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France. Notre crédibilité, notre efficacité, notre force sont en jeu.» L’heure des actes est venue.