Jamais la capitale tchèque n'avait accueilli une telle rencontre de chefs d'Etat et de gouvernement. Quarante-six présidents ou premiers ministres des dix-neuf pays membres de l'Alliance atlantique et des vingt-sept Etats européens partenaires de l'OTAN, autant de ministres des Affaires étrangères et de la Défense tiennent réunion à Prague jeudi et vendredi. Pour ce premier sommet des dirigeants de l'Alliance militaire occidentale dans un pays de l'ex-bloc soviétique – la première aussi depuis les attentats du 11 septembre 2001, les mesures de sécurité sont à la hauteur de l'événement, d'autant plus qu'un engin explosif a été trouvé hier sous une voie ferrée.

Echaudés en septembre 2000 lors de la réunion annuelle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale par les quelques heurts entre policiers et manifestants anti-mondialisation – 600 blessés légers mais rien de comparable aux affrontements de Seattle en 1999 ou Gênes en 2001 –, les responsables tchèques n'ont rien laissé au hasard.

Quinze chasseurs F-16 américains patrouillent en permanence dans le ciel tchèque depuis mardi pour abattre le moindre avion suspect ou détourné qui pourrait être utilisé comme bombe volante. Deux cent cinquante militaires américains ont été déployés autour de Prague pour aider leurs collègues tchèques et assurer la sécurité du président George Bush. Dans la délégation de sept cents personnes qui l'accompagne, figurent un nombre sans précédent d'agents de sécurité.

Les autorités tchèques ont mobilisé douze mille policiers dont six mille de province où ils ont été remplacés partiellement par des soldats. Deux mille quatre cents militaires ont été également réquisitionnés pour assurer la sécurité à Prague. Des barrages ont été installés sur les principales artères qui permettent d'entrer dans la capitale: toute voiture suspecte est arrêtée et fouillée. Le quartier du Château, siège du président Vaclav Havel où il devait recevoir George Bush mercredi matin et ses homologues à dîner jeudi soir, est totalement bouclé, de même que les alentours du Palais des Congrès construit sur une autre colline de Prague. Pour ne pas gêner les mouvements des délégations, les Pragois ont été invités à quitter la ville. La plupart des écoles sont fermées à l'exception de celles des quartiers périphériques. Redoutant des manifestations violentes d'anarchistes, les commerçants protègent leur vitrine avec de grands panneaux de bois. Alors que les autorités pragoises attendaient jusqu'à douze mille militants anti-OTAN, les dernières estimations s'élèvent péniblement à un millier.