La visite aux Etats-Unis du président chinois Hu Jintao (LT du 18.01.2011) a débuté mercredi. Les sujets de tension entre Pékin et Washington sont nombreux, et Obama aussi bien que Hu disent vouloir les aplanir. Mais une visite, fût-elle d’Etat, y suffira-t-elle? C’est loin d’être sûr, estime la presse internationale, qui en décrypte les enjeux majeurs.

Le président chinois, Hu Jintao, s’est vu dérouler le tapis rouge mercredi dans une période que Libération qualifie de «grand froid». Ce qui n’a pas empêché le protocole américain de tourner à plein régime, avec une cérémonie de réception à la Maison-Blanche, conformément aux visites d’Etat les plus prestigieuses: «Plus de show que de substance», prévient le Los Angeles Times. Ce fut un peu «Dr. Obama and Mr. Hu», avait pressenti Le Monde. Lesquels veulent «promouvoir les connaissances et la confiance entre les deux peuples, élargir le champ des échanges et des coopérations, renforcer la coordination sur les dossiers internationaux et régionaux importants, ainsi que créer de nouvelles perspectives dans le développement des relations bilatérales», selon la langue de bois de Radio Chine internationale.

Au cœur de cette bilatérale, il y a évidemment beaucoup de stratégie, que détaille aussi Le Quotidien du peuple dans un volumineux dossier. Le tout étant de savoir si Hu est «un partenaire ou un concurrent», selon la formule du Devoir de Montréal. Car «Barack Obama n’a clairement pas obtenu les résultats espérés l’année dernière, écrit la Tribune de Genève, notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique ou pendant la crise militaire entre la Corée du Sud et la Corée du Nord que la Chine soutient. Les Etats-Unis ont, en revanche, réussi à exploiter les erreurs chinoises dans les affaires du piratage de Google et de l’agression nord-coréenne contre son voisin sud-coréen pour renforcer leur influence en Asie.» Pékin aura ainsi des difficultés «pour concurrencer la puissance américaine sur la scène mondiale dans les années qui viennent». Même si ce pays est en train de «façonner le monde», comme le décrit par le menu un beau dossier du Financial Times.

Courrier international indique que, dans une interview par écrit accordée à plusieurs journaux américains, et citée par le quotidien officiel chinois China Daily, Hu Jintao appelle les Etats-Unis à «abandonner la mentalité de guerre froide, dont personne ne tire aucun avantage». Il souligne aussi que des sujets de litige subsistent entre les deux pays, «comme la vente d’armes américaines à Taïwan». «Ces problèmes doivent être résolus» pour le Washington Post, car «l’histoire nous montre qu’une puissance militaire émergente entre inévitablement en conflit avec une puissance militaire existante s’il n’y a pas de dialogue régulier et efficace entre les deux», prévient un économiste chinois dans le Jornal de negócios portugais. «Il faut se méfier des conflits de pouvoir», estime le Wall Street Journal.

«Pour un rabibochage sino-américain»: c’est avec cette formule très juste que le magazine français résume une opinion parue dans le New York Times, qu’il a traduite et qui considère que c’est là «la plus importante rencontre sino-américaine depuis le voyage historique de Deng Xiaoping, il y a plus de trente ans» (lire ci-dessous), dans un contexte d’expansionnisme soviétique. Mais aujourd’hui, les sujets de friction géostratégiques étant plus nombreux et plus complexes, «pour que cette visite ne reste pas purement symbolique», les deux présidents «doivent entreprendre de véritables efforts et entériner dans une déclaration commune le potentiel historique que revêt une coopération sino-américaine fructueuse» et qui doit avoir «de plus grandes ambitions que le seul intérêt national. Ce partenariat doit être régi par les impératifs moraux qu’impose l’interdépendance mondiale sans précédent qui marque ce XXIe siècle.»

Pour le site Eurotopics, «les questions telles que la suprématie du dollar et l’importance croissante de la puissance militaire chinoise» sont au centre névralgique de cette relation où «les Etats-Unis ont retrouvé un adversaire à leur niveau». Il cite notamment La Vanguardia, pour laquelle Hu est un «banquier non négligeable qui a déjà pratiquement racheté» pour des millions de dollars de titres de créance américains. Ainsi, la Chine a été capable d’«établir une situation de dépendance réciproque avec les Etats-Unis. Celle-ci correspond à l’équilibre de la terreur pendant la guerre froide entre l’Union soviétique et les Etats-Unis.»

La Süddeutsche Zeitung pense, elle, que le dollar a tout simplement fait son temps: «Le monde n’a pas besoin de monnaie dominante […]. Les Etats-Unis ont pu s’endetter effrontément car le monde entier avait besoin du dollar pour payer. La bulle a désormais éclaté. La Chine sort renforcée de la crise […]. L’économie mondiale est suffisamment grande pour plusieurs monnaies internationales. […] Avant 1914, la livre britannique, le franc français et le mark allemand se partageaient le rôle de monnaie internationale. Le dollar, l’euro et le yuan pourraient se répartir cette tâche aujourd’hui.»

L’économie est «dominée par plusieurs puissances. Il n’y a aucune raison que cela ne soit pas aussi le cas sur le marché des devises.» C’est pourquoi, titre Le Figaro, «la bataille yuan-dollar s’invite à Washington». Radio-Canada explique, de son côté, comment «Pékin réaffirme sa volonté de réformer le yuan». Alors, une avancée? Les deux leaders se voient pour la huitième fois depuis le début de 2009…