Rachel Levine est professeure d'université en pédiatrie et psychiatrie et occupait, jusqu'en janvier, le poste de directrice de la Santé de l'Etat de Pennsylvanie. Elle peut désormais rajouter une ligne à son CV: ministre adjointe de la Santé dans l'administration Biden. Avec le Sénat qui a confirmé, mercredi soir, le choix de Joe Biden, elle devient surtout, à 63 ans, la première personne transgenre à occuper une fonction de cette importance au sein d'une administration américaine. Une première «historique» dont se réjouit le président démocrate. Et aussitôt saluée par les associations LGBTQIA+.

«Briser les barrières de l'ignorance»

Diplômée de Harvard, Rachel Levine est une spécialiste de la crise des opioïdes, de l'usage médical du cannabis, et experte notamment des troubles de l'alimentation. Outre ses compétences et alors qu'elle était dans son Etat au front dans la lutte contre la pandémie du coronavirus, sa transidentité est mise en avant, à la fois par elle-même, et par Joe Biden. «Rachel Levine apportera le leadership et l'expertise cruciale dont nous avons besoin pour guider les gens à travers cette pandémie, peu importe leur origine, race, religion, orientation sexuelle, identité de genre ou leur handicap», a-t-il relevé dans un communiqué, au moment de sa nomination, en insistant sur le fait qu'elle allait devenir «la première responsable fédérale ouvertement transgenre à être confirmée par le Sénat américain».

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C'est désormais chose faite, par une courte majorité. Seule deux sénatrices républicaines -Lisa Murkowski (Alaska) et Susan Collins (Maine) - ont approuvé sa nomination, en votant aux côtés des 50 démocrates. Alors que Donald Trump avait validé plusieurs décisions discriminatoires envers les personnes transgenres, Joe Biden les a au contraire mentionnées dans son discours d'assermentation. Avec Kamala Harris, première femme vice-présidente des Etats-Unis, il a à coeur de constituer une administration plus sensible aux minorités, pour «représenter l'Amérique». Deb Haaland est par exemple devenue la première Amérindienne à occuper un rang de ministre, Lloyd Austin, le premier Afro-Américain à être ministre de la Défense et il a aussi nommé Pete Buttigieg, marié à un homme, et ancien candidat à la présidentielle, à la tête d'un Département, en l'occurrence celui des Transports. Rachel Levine est par ailleurs l'adjointe de Xavier Becerra, le premier Hispanique à occuper la fonction de ministre de la Santé.

Née Richard, elle a deux enfants et a divorcé en 2013. Dans un portrait que le Washington Post lui a consacré en 2016, elle relève que sa transition a été lente. Elle a commencé à voir un thérapeute en 2000 et n'a annoncé publiquement sa transition qu'en 2011. Mercredi soir, après sa nomination, elle a promis de «promouvoir des politiques qui font progresser la santé et le bien-être de tous les Américains». Et de se battre pour les jeunes transgenres.

Pendant ses auditions au Sénat, elle a subi des attaques. Notamment de la part du républicain Rand Paul, du Kentucky, qui a comparé la chirurgie pour changer de sexe à une «mutilation génitale», et s'est inquiété de savoir si elle était en faveur de telles procédures pour des personnes mineures. Elle a répondu avec calme et nuances. Et a été applaudie.

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«Comme les Américains transgenres souffrent d'abus, de risques de devenir sans-abri et de dépression à des taux plus élevés que presque tous les autres groupes, il est important d'avoir des personnalités à envergure nationale comme le Dr Levine qui, du fait d'être sous les feux de la rampe, aideront à briser les barrières de l'ignorance et de la peur», a insisté Chuck Schumer, le leader de la majorité démocrate au Sénat.