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Rachida Dati racontée par son frère

L’ex-ministre de la Justice française a tout fait pour empêcher la parution ce mercredi du livre de Jamal Dati. Le portrait que dresse d’elle ce trafiquant repenti est plutôt acerbe.

Pas facile d’avoir une sœur ministre de la Justice. Surtout quand on s’appelle Jamal Dati, ancien dealer, toxicomane réinséré et frère de l’ex-protégée de Nicolas Sarkozy. Rachida Dati, aujourd’hui députée européenne et maire du très chic 7ème arrondissement de Paris, a tout fait pour reléguer dans l’ombre ce parent encombrant.

Son livre*, paru mercredi, a bien failli ne jamais voir le jour. « Attention, Rachida est en colère! Tu n’as pas intérêt à faire ce livre », avaient averti des membres de la famille. Son contrat d’auteur, puis son manuscrit ont été volés. Les conversations de Jamal Dati avec son avocat ont été écoutées. Sa sœur a menacé à demi-mot de le faire interner. En août 2007, TF1 avait déjà « «trappé» – supprimé – une longue interview de lui, soi-disant par manque d’actualité.

Le témoignage de ce frère au parcours chaotique est pourtant instructif. Il dépeint le quotidien digne de Zola qui fut celui de la ministre: onze enfants, dont deux dorment à tour de rôle par terre, des objets piochés dans une décharge pour arrondir les fins de mois, un père qui frappe ses fils à coup de ceinturon, de matraque, de genou. Et qui vérifie, drap sanglant à l’appui, que ses filles demeurent vierges jusqu’à leur nuit de noce.

Jamal Dati ignore si le rituel s’est appliqué à Rachida, dont le mariage arrangé, en 1992, a été annulé après quelques jours. Il dresse un portrait acide de sa sœur, réplique féminine de son père, à la détermination et au culot d’acier. Entrer au gouvernement, estime-t-il, lui est « monté à la tête ». En janvier dernier, la naissance de sa fille Zohra, hors mariage et sans géniteur déclaré, a été mal prise au sein de la famille. « Elle a tout de même sali mon père », s’écrie Jamal avec un sens très vieux jeu de l’honneur marocain.

Mais cette sœur dure et cassante se montre aussi humaine. Devenue magistrate, elle se laisse attendrir par les accusés qui lui rappellent son frère égaré. Elle trouve argent et travail pour les membres de sa famille, réussit même à faire sortir Jamal de prison pour l’enterrement de leur mère adorée.

Jamal Dati, qui connaît tout des trafics de cité et de la misère des prisons, n’a jamais été consulté par sa sœur lorsqu’elle était garde des Sceaux. Des mesures comme les peines plancher pour les récidivistes ou l’enfermement des mineurs dès 12 ans – finalement abandonné – lui apparaissent comme des absurdités, sans effet contre la délinquance. « La politique qu’elle a menée, regrette-t-il, n’a jamais cherché à comprendre. »

* Jamal Dati, Dans l’ombre de Rachida, Paris, Calmann-Lévy, 2009.