Longtemps, les journalistes américains ont résisté. Non, ils ne parleraient pas des «mensonges» de Donald Trump, mais plutôt «d’approximations», de «propos trompeurs» ou «non basés sur des faits». Qualifier le président en exercice de «menteur» signifiait, selon eux, mettre de côté l’objectivité journalistique et se placer dans l’opposition. «Il a fallu 10 000 mensonges présidentiels pour que la plupart des journalistes en parlent de manière appropriée aujourd’hui, c’est-à-dire quand il existe une intention évidente d’induire en erreur son interlocuteur», pointe Margaret Sullivan, la spécialiste médias du Washington Post.

La même mécanique est à l’œuvre ces derniers jours avec le mot «raciste». Dimanche, Donald Trump a choqué le monde entier en prenant à partie quatre élues du Congrès américain, dont la très médiatique Alexandria Ocasio-Cortez, leur enjoignant de «retourner dans les endroits gangrénés par la criminalité d’où elles viennent». Le lendemain, le chef de l’Etat persistait devant la Maison-Blanche: «Si elles ne sont pas heureuses ici, elles peuvent partir.»