«Jusqu’à la victoire toujours !», a clamé Rafael Correa, le président sortant, - en reprenant un célèbre slogan du guérillero cubain Che Guevara - devant des centaines de ses partisans agitant les drapeaux verts près du siège de son parti Alianza Pais à Quito. «Mes premières paroles sont au peuple équatorien, de vif remerciement (...) car nous avons gagné de manière écrasante», avait déclaré plus tôt le président équatorien déjà élu en 2006, à Guayaquil, grande ville du Sud et bastion de l’opposition.

Auparavant, trois sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote avaient donné Rafael Correa vainqueur avec 54 à 55% des suffrages. Vers 7h lundi (13h en Suisse) des résultats partiels, portant sur 70% des bulletins faisaient état d’une victoire du président dès le premier tour, avec 50,7% des voix, selon le Conseil national électoral. Cette tendance n’était toutefois pas encore irréversible, 2,5 millions de suffrages, sur un corps électoral de 10,5 millions, restant à dépouiller.

Les Equatoriens étaient appelés dimanche à choisir l’ensemble de leurs représentants, un scrutin pour lequel Rafael Correa, tenant d’un «socialisme du XXIe siècle» partait favori. La victoire du président sortant dès le premier tour serait historique: avant lui, aucun chef de l’Etat n’a été élu de la sorte en Equateur, du moins depuis le retour de la démocratie dans ce pays en 1979.

Résultats provisoires

Dimanche soir, toutefois, son principal opposant n’était pas prêt à admettre facilement sa défaite. «Les résultats qui sont annoncés ne sont pas officiels», a déclaré le nationaliste Lucio Gutierrez, qui aurait obtenu 27,9% des suffrages, selon les résultats partiels. Il a aussi assuré que son parti avait gagné dans au moins cinq provinces, contrairement à ce qui était annoncé après avoir évoqué des «fraudes».

Agé de 46 ans, Rafael Correa a remis son mandat en jeu après l’adoption en septembre 2008 d’une nouvelle Constitution d’inspiration socialiste. Si les résultats sont confirmés, M. Correa l’aura emporté en dépit des problèmes de l’économie équatorienne, qui a commencé à ressentir l’effondrement des cours du pétrole, sa principale ressource.

«La crise est bien tangible. Il n’y a plus de clients», déplorait dimanche devant le siège du parti Alianza Pais, Franklin Aimacana, vendeur ambulant de 35 ans et sympathisant du président. Mais ajoutait-il, ses partisans le soutiennent car «soit on part tous, soit on se relève tous ensemble». «C’est le seul président en dix ans qui s’est occupé des gens», disait un autre «Correista», Santiago Cano, âgé de 26 ans.

En deux ans, Rafael Correa a assis son autorité, porté par la flambée pétrolière qui lui a permis de multiplier les programmes sociaux, dans un pays où 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Cet économiste de gauche a également tenu tête aux compagnies pétrolières étrangères, exigeant davantage de dividendes, et décidé en décembre de déclarer l’Equateur en moratoire sur un tiers de sa dette internationale jugée «illégitime».

De nombreux journalistes équatoriens ont pressé dimanche soir le président de questions sur son programme économique, jugé trop ambitieux par certains spécialistes en l’absence des dividendes pétroliers.

Il a répondu que le «plus dur» était passé et que la politique économique de son pays avait été «incroyablement fructueuse». Il a assuré qu’il n’allait pas «se calmer», mais au contraire devenir «plus radical» contre «la misère insultante».