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Le raid du FBI chez son avocat met Donald Trump hors de lui

Le président américain s’en prend au FBI et au procureur spécial Robert Mueller après la fouille des bureaux de son avocat personnel Michael Cohen. De nouveaux limogeages dans l’air?

Sa réaction ne s’est pas fait attendre. A peine Donald Trump a-t-il appris que le FBI avait organisé une perquisition chez son avocat personnel Michael Cohen que la moutarde lui est montée au nez. «C’est une honte! C’est une honte absolue! C’est une attaque contre notre pays!» a lâché le président américain juste avant une réunion avec des dirigeants militaires pour évoquer le dossier syrien. Très vite, il a une nouvelle fois dénoncé une «chasse aux sorcières». Mardi, Donald Trump a annulé son voyage en Amérique latine, pour se concentrer sur la Syrie. Mais ses premiers tweets matinaux étaient bien consacrés au raid du FBI de la veille. Un bon thermomètre pour mesurer à quel point l’affaire le préoccupe.

Les 130 000 dollars pour Stormy Daniels

Les bureaux de Michael Cohen, au Rockefeller Center à New York, ont été fouillés, «en partie» à la demande de Robert Mueller, le procureur indépendant qui enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine et les liens avec le clan Trump. C’est ce que précise l’avocat de Michael Cohen dans un communiqué. Des documents bancaires et des déclarations fiscales ont été saisis, de même que des échanges entre l’avocat et ses clients, ainsi qu’avec Donald Trump. Parmi ces documents figurent les preuves du versement de 130 000 dollars à l’actrice porno Stormy Daniels, qui affirme avoir eu une relation avec Donald Trump, relève le New York Times.

L’avocat a toujours assuré que la somme venait de ses fonds propres, cherchant ainsi à tuer la rumeur que le but était d’influencer les résultats du vote en achetant son silence. Donald Trump de son côté a toujours dit ne pas être au courant de ce versement, alors que Stormy Daniels cherche à invalider l’accord de confidentialité. Selon le Washington Post, Michael Cohen serait soupçonné de fraude bancaire et de violations des règles sur le financement électoral.

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La chambre d’hôtel de Michael Cohen, dans l’immeuble Trump sis au 502 Park Avenue, a également été fouillée. Son avocat dénonce une perquisition «complètement inappropriée», qui a eu pour conséquence «la saisie inutile de communications confidentielles avocat-client».

Ce nouvel épisode ne va pas contribuer à apaiser les relations ultra-tendues entre Donald Trump et le FBI. La dernière victime en date, après la brutale éviction du directeur James Comey en été 2017, n’est autre que l’ex-numéro deux, Andrew McCabe. Son récent lynchage à moins de 48 heures de son droit à une retraite anticipée l’a fortement irrité. Andrew McCabe a dénoncé une «guerre» lancée par l’administration Trump contre le FBI et contre l’enquête du procureur spécial. Le président lui-même ne l’a pas démenti. Le soir même de l’annonce du départ forcé d’Andrew McCabe, Donald Trump a déclaré dans un tweet que l’enquête Mueller «n’aurait jamais dû débuter, car il n’y a pas de collusion, pas de délit».

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Le raid du FBI dans les bureaux de Michael Cohen a ravivé sa colère. Et c’est bien Robert Mueller qui pourrait finir par en faire les frais, alors que son enquête semble toujours plus se rapprocher du président. Quand un journaliste a demandé à Donald Trump s’il comptait limoger le procureur, sa réponse a été: «Nous verrons bien ce qui arrivera. Beaucoup de gens m’ont dit que j’aurais dû le licencier.» Le ministre de la Justice Jeff Sessions, qui a dû se récuser dans l’affaire russe, peut également trembler. Lui aussi s’attire les foudres présidentielles.

A cause de cette récusation, c’est d’ailleurs le numéro 2 du département de la Justice, Rod Rosenstein, qui serait censé le licencier, si Donald Trump le lui demandait. Or il a clairement fait savoir qu’il ne voyait pas de raison de le faire. Deux scénarios sont alors possibles: Trump le licencie et choisit un bouc émissaire qui obéirait à ses ordres, ou alors il se chargerait lui-même de limoger Robert Mueller. Un cas qui n’est pas exclu, assure Politico, qui cite un professeur de droit de l’Université de Virginie. Il questionne toutefois les limites de l’autorité présidentielle. En attendant, la Maison Blanche a annoncé un nouveau départ, mardi: celui du conseiller à la sécurité intérieure, Tom Bossert.

Sentant le danger à propos de Robert Mueller, Chuck Schumer, le chef de la minorité démocrate au Sénat, a tout de suite pris les devants sur Twitter: «Si Donald Trump pense pouvoir prendre prétexte du raid du FBI pour licencier Robert Mueller ou intervenir dans la chaîne de commandement de l’enquête russe, nous, les démocrates, nous avons un simple message pour lui: ne le faites pas».

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