«Fêter Noël entre grévistes»: à l’approche du réveillon, les cheminots opposés à la réforme des retraites multiplient mardi les actions pour maintenir la mobilisation.

Pas de miracle de Noël concernant la situation des transports, pour ce vingtième jour de grève. Mardi, comme prévu, 40% des TGV et des TER circulent et 20% des Intercités et des Transilien. «Au bout de vingt jours, on est à 400 millions d’euros de chiffre d’affaires qui n’aura pas été réalisé dans la période», déclare Jean-Pierre Farandou dans un entretien au Monde mardi, prévenant que «les comptes 2019 seront fortement impactés par ce conflit».

La routine des trains annulés

En Ile-de-France, la SNCF avertit que plusieurs lignes «fermeront de manière anticipée en fin de journée» et ne rouvriront que mercredi «en début d’après-midi». On connaîtra dans la journée les prévisions de trafic des TGV et Ouigo pendant le week-end du 28-29, pour le chassé-croisé des vacances de Noël.

Lire aussi: Les grèves de Noël, l’autre blessure des banlieues françaises

Pour les usagers du métro parisien, pas de changement dans ce qui est devenu une routine en décembre, avec six lignes toujours complètement fermées. Seules les deux lignes automatiques 1, 14 et l’Orlyval circulent normalement. Côté RER, un train sur deux circulent sur la ligne A et un train sur trois sur la ligne B aux heures de pointe. Deux bus sur trois sont en circulation dans la capitale.

«Il n’y a pas de raison que ça s’arrête»

Pour maintenir la flamme, la CGT-Cheminots a prévu des actions toute la semaine. «Il n’y a pas de raison que ça s’arrête soudain», affirme dans l’Humanité Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, se projetant déjà après Noël. «On ne s’arrête pas quand on a perdu 20 ou 25 jours de salaire juste parce que c’est le Nouvel An».

Dès lundi, des «banquets» de Noël ont été organisés, comme à la gare de Fleury-les-Aubrais (Loiret), où certains des quelque 80 cheminots grévistes présents s’étaient déguisés en père Noël. Ce genre d’initiative se reproduit mardi, à l’image d’un «repas des grévistes» organisé par SUD-Rail Gare de Lyon à Paris. En attendant un «temps fort» samedi 28, a expliqué Erik Meyer (SUD-Rail), avec des mobilisations sur tout le territoire, à l’appel de la CGT-Cheminots et de SUD-Rail.

«La réforme des retraites ne convient pas aux Français»

Le mouvement de grève touche aussi les raffineries, mais l’approvisionnement des stations-service est «quasi normal», même si la situation est localement plus tendue en région PACA, a assuré mardi le président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), Francis Duseux.

Côté RATP, le nombre d’arrêts maladie a explosé depuis le début de la grève, selon la direction, confirmant une information du Parisien qui évoque le stress des non-grévistes mais aussi l’hypothèse selon laquelle ce serait un moyen de soutenir la grève sans perdre de salaire.

A Saint-Denis, une cinquantaine de grévistes de la RATP se sont rassemblés dans la matinée dans le calme devant le siège de la SNCF en soutien aux cheminots. Pour Laurent Djebali, secrétaire Unsa, «la réforme des retraites ne convient pas aux Français. La seule chose qui est garantie, c’est que tout le monde va perdre en pension».

Concertations avec les partenaires sociaux le 7 janvier

Mais l’exécutif, qui veut remplacer les 42 régimes de retraites existants par un «système universel» par points, exclut de revenir sur la «suppression des régimes spéciaux», dont ceux de la RATP et de la SNCF, a rappelé son nouveau «Monsieur Retraites», Laurent Pietraszewski. Matignon a communiqué lundi soir son programme de concertations avec les partenaires sociaux: ils seront reçus le 7 janvier par plusieurs ministres pour parler pénibilité et gestion des fins de carrière.

Les discussions se poursuivront avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 22 janvier, pour évoquer notamment les fins de carrière à l’hôpital, la retraite progressive des fonctionnaires ou les rémunérations des enseignants.

Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a regretté mardi d’avoir appris par la presse ce calendrier et ne sait pas encore s’il s’y rendra. De son côté, Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France Insoumise, a estimé que cette concertation était «une comédie». Parallèlement, le Premier ministre Edouard Philippe «proposera […] une méthode de travail» concernant l’équilibre financier du système de retraites durant la «semaine du 6 janvier».

«Les sujets sur lesquels on nous propose de discuter n’ont rien à voir avec le système universel des retraites», avait dénoncé lundi le numéro un de Force ouvrière, Yves Veyrier, appelant à nouveau le gouvernement à renoncer purement et simplement à la réforme. Avec la CGT, FO sera à nouveau dans la rue le 9 janvier.