Espagne

Rajoy en (pré) campagne électorale à Barcelone

Le chef du gouvernement s’est rendu en Catalogne dimanche avant des élections régionales cruciales pour l’avenir de la région et du pays

Au cœur du conflit catalan, le chef du gouvernement poursuit sa stratégie offensive. Après avoir appliqué fin octobre l’article 155 de la Constitution, qui signifie concrètement la mise sous tutelle de la Catalogne par le pouvoir central, Mariano Rajoy a exhorté dimanche ses troupes à Barcelone: «Je demande à la majorité des Catalans réduits au silence (par les séparatistes) de voter massivement le 21 décembre. Ce sera une façon de récupérer la normalité démocratique et le vivre ensemble.»

La grande nouveauté avec l’application de l’article 155 et la fermeté de Rajoy, c’est que, très certainement, les séparatistes renonceront à la voie unilatérale

Dans la foulée de la mise sous tutelle de la région (finances, police, exécutif régional, enseignement, santé…), une mesure exceptionnelle jamais mise en œuvre depuis le retour de la démocratie en Espagne en 1978, le leader conservateur avait en effet convoqué des législatives régionales anticipées. Cette initiative a un double objectif: d’une part, en finir rapidement avec l’activation de l’article 155, qui contribue à donner une image autoritariste du pays hors des frontières; et, d’autre part, obliger les forces séparatistes à revenir sur le chemin de la légalité, après que ceux-ci ont à plusieurs reprises violé l’ordre constitutionnel.

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Législatives déterminantes

Le rendez-vous électoral du 21 décembre est crucial. Si les forces «unionistes» – partisanes d’un maintien dans le giron espagnol – l’emportent, le sécessionnisme aura reçu un coup mortel: ses leaders n’auront d’autre choix que de reconnaître leur échec et devront reporter aux calendes grecques leur défi indépendantiste. Si, en revanche, les forces séparatistes consolident leur majorité absolue au parlement de Barcelone (72 sur 135 sièges actuellement), il y a fort à parier qu’elles maintiendront le bras de fer avec Madrid et continueront à exiger l’indépendance.

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«La grande nouveauté avec l’application de l’article 155 et la fermeté de Rajoy, c’est que, très certainement, les séparatistes renonceront à la voie unilatérale, analyse le chroniqueur Jesus Maraña. Mais ils ne relâcheront pas leurs efforts pour arracher au pouvoir central un référendum comme au Québec ou en Ecosse.» Ce week-end, une immense manifestation à Barcelone a montré que le mouvement pro-indépendance n’avait rien perdu de son pouvoir de mobilisation. «Llibertat», Liberté, pouvait-on lire, au milieu d’une marée d’«estelades», les drapeaux catalans séparatistes.

Réputé pour son attentisme légendaire, Rajoy a cette fois-ci montré qu’il avait la poigne d’un leader

Enrique Gil-Calvo, politologue

Si Mariano Rajoy s’est déplacé ce week-end à Barcelone, c’est aussi parce qu’il sait qu’il a le vent en poupe: le soutien indéfectible de tous les Etats membres de l’UE, le fait que deux tiers des Espagnols – selon un sondage paru dimanche – approuvent sa gestion de la crise, l’affaiblissement du camp séparatiste. Sur la défensive au lendemain du référendum interdit du 1er octobre, marqué par les charges policières espagnoles contre des votants sans défense, le chef du gouvernement entend surfer sur la vague.

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«Réputé pour son attentisme légendaire, souligne le politologue Enrique Gil-Calvo, Rajoy a cette fois-ci montré qu’il avait la poigne d’un leader, alors même que des millions d’Espagnols ont eu très peur que l’affrontement prenne une tournure violente. Pour l’instant, cela lui permet de créer un écran de fumée sur la Catalogne, et de faire oublier les affaires de corruption qui éclaboussent son parti.»

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Le camp des séparatistes divisé

Pendant ce temps, les divisions du camp sécessionniste sont plus évidentes que jamais. D’un côté, une sorte de mini-gouvernement fantoche, dirigé depuis la Belgique par Carles Puigdemont, lequel, auprès des siens, continue à se présenter comme «président légitime». De l’autre, d’anciens ministres régionaux incarcérés dans des prisons madrilènes, qui n’apprécient qu’à moitié l’«exil» de Puigdemont. Et qui, affaiblis, préparent leur stratégie électorale derrière les barreaux.

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Pour ne rien arranger, la présidente du parlement régional Carme Forcadell, condamnée à verser une caution de 125 000 euros pour éviter la prison, a dû reconnaître publiquement sa soumission à la Constitution espagnole. Hors du champ politique, la majorité des Catalans voient la situation économique qui ne cesse d’empirer: baisse de la consommation ou des réservations touristiques et, d’ores et déjà, délocalisation de quelque 2500 entreprises.

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