Le Produit intérieur brut (PIB) britannique a augmenté de 0,2% par rapport au trimestre précédent, ralentissant ainsi après la croissance de 0,4% affichée au quatrième trimestre 2009, et il est ressorti en baisse de 0,3% par rapport à un an plus tôt, selon la première estimation officielle publiée vendredi par l’Office des statistiques nationales (ONS). C’est une déception pour les experts de la City, qui tablaient en moyenne sur une croissance de 0,4% par rapport au trimestre précédent, qui aurait permis de ramener la chute du PIB sur un an à 0,1%.

Selon les économistes, ce coup de frein semble dû en grande partie à l’hiver le plus rigoureux depuis des décennies, qui avait gelé l’activité de certains secteurs en début d’année. Mais ils ont néanmoins estimé dans l’ensemble que ces chiffres confirmaient la perspective d’une croissance lente et fragile cette année. «Ces chiffres renforcent l’idée que la reprise est sur le fil du rasoir. Avec un chômage qui reste désespérément élevé et une inflation qui s’accélère, le risque d’une rechute dans la récession cette année reste présent», a estimé Manoj Ladwa, courtier chez ETX Capital.

«La confiance chute, la croissance du salaire réel est négative, et avec l’assainissement budgétaire qui devrait démarrer dans les trimestres qui viennent, nous prévoyons une croissance de 1% seulement cette année, et de 1,5% en 2011 comme en 2012», a déclaré de son côté James Knightley, d’ING.

La livre sterling a chuté après cette annonce, tombant à 1,155 euro en début d’après-midi, alors qu’elle évoluait auparavant à son meilleur niveau depuis la fin janvier, au-dessus de 1,16 euro. Mais ces chiffres se sont aussi invités dans la campagne des élections législatives du 6 mai, chaque camp tentant de les exploiter à son avantage.

Dans l’opposition, les conservateurs de David Cameron et les libéraux-démocrates de Nick Clegg ont dénoncé un nouvel accroc dans le bilan économique du Labour, qui lutte pour se maintenir au pouvoir après 13 ans de règne. La plupart des observateurs ont vu dans ces chiffres un camouflet de plus pour le Premier ministre, dont le parti est désormais devancé par ses deux grands rivaux dans les intentions de vote. «L’estimation de la croissance est un coup dur pour la campagne de Gordon Brown, et nous rappelle l’impact qu’un mauvais chiffre du PIB américain avait eu sur l’ex-président George Bush senior, lorsqu’il faisait campagne contre Bill Clinton pour un second mandat», a lancé Azad Zangana, économiste chez le gestionnaire d’épargne Schroders.