Russie

Ramzan Kadyrov prêt à s’occuper des «traîtres à la patrie»

Le leader tchétchène, un proche du président Vladimir Poutine, a lancé une campagne de diffamation et d’intimidation contre les voix critiques, avec l’appui des médias proche du pouvoir

Sale temps pour l’opposition russe. Calomniée par les chaînes de télévision, privée d’accès aux médias, exclue de la plupart des «scrutins», elle fait depuis quelques jours l’objet de menaces sans précédent de la part des nervis du Kremlin. Le dirigeant pro-Kremlin de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov s’est fendu mardi matin d’une longue tribune dans le quotidien conservateur Izvestia. Il qualifie l’opposition de «traîtres», «d’ennemis de la Russie», de «meute de chacals» qu’il faut «sévèrement punir». Des déclarations inquiétantes, venant d’un homme soupçonné par l’opposition d’avoir fait liquider une longue liste de ses détracteurs.

Se décrivant lui-même comme «le fantassin du président russe Vladimir Poutine», Ramzan Kadyrov entretien une réputation de grande férocité depuis la seconde guerre de Tchétchénie, où il a d’abord lutté contre les troupes fédérales russes, avant de faire volte-face et d’exécuter ses anciens camarades indépendantistes. Son bras droit, le président du parlement tchétchène Magomed Daoudov, est allé plus loin le week-end passé en menaçant de lâcher les chiens sur des personnalités de l’opposition. «Tarzan, le berger du Caucase de Ramzan Kadyrov, déteste les chiens de race étrangère. […] Les races européennes l’irritent aussi», écrit-il sur son compte Instagram.

Métaphore canine

Pimentée de racisme et de sexisme, cette métaphore canine résume les principes de diffamation dont usent le Kremlin et ses médias: l’opposition serait au service de gouvernements occidentaux par définition hostiles et décadents. Mais c’est surtout la violence des propos qui alarme, dans un contexte où les commanditaires des attaques contre les journalistes et les opposants russes restent systématiquement impunis.

La cible la plus évidente pour les nervis du pouvoir est Alexeï Navalny. La figure la plus populaire de l’opposition a pour lui sa jeunesse, 39 ans, du charisme, un évident talent d’orateur et sa ténacité. La police et la justice le harcèlent en permanence. Un des procès contre lui s’est soldé par l’emprisonnement de son frère pour trois ans et une condamnation qui rend Alexeï Navalny inéligible. Les médias du pouvoir le traînent dans la boue sans lui donner la possibilité de répondre. Cela n’a pas empêché Alexeï Navalny de réaliser un score de 28% aux élections municipales de Moscou en 2013, l’unique occasion où il a été autorisé à se présenter.

L’activité principale d’Alexeï Navalny consiste à donner des coups de bélier dans les murs du Kremlin, par le biais d’enquêtes fouillées sur la corruption de l’entourage de Vladimir Poutine, dont la dernière concerne le procureur général de Russie, Iouri Tchaïka. Des révélations tues par les médias d’Etat mais qui lézardent la forteresse de l’élite. La lutte contre la corruption est le cheval de bataille d’Alexeï Navalny et de l’équipe d’activistes qui l’entoure. Un créneau porteur, puisque les Russes ont généralement une piètre opinion des hauts fonctionnaires, dont le niveau de vie est outrageusement découplé de leurs revenus officiels.

Publicité